In(En) 6 volumes

By(par) Muhammad Jamal El Kadiri

20260415

Al Tariqa El Qadiriyya au Maghreb. Une épopée sans glorification... (Réédition revue et améliorée)

J'ai l'insigne honneur de vous informer de la publication en e-book, livre broché et relié d'un Récit intitulé "Al Tariqa El Qadiriyya au Maghreb. Une épopée sans glorification", articulé en deux parties / 
Livre broché ISBN 9798243459471   
Livre relié ISBN 9798243539616 
160 pages. 

Ce livre s'inscrit dans le prolongement de la saga romanesque "Tin-n-Ouahr", de l'Essai didactique "Conversation étrange avec une Intelligence Artificielle et du Témoignage "Tin-n-Ouahr. Les silences d'un auteur".

Je vous en souhaite une bonne lecture !  

nb: This book is also published by me in English and Arabic.

هذا الكتاب منشور أيضاً من قبلي باللغتين الإنجليزية والعربية.

En Voici en exclusivité pour mes chers lecteurs l'Avant-propos, le Prologue et le Chapitre Premier de mon nouveau livre. 





Muhammad Jamal El Kadiri

  

 

Al Tariqa Al Qadiria au Maghreb. Une épopée sans glorification

 

Récit


Avec la participation talentueuse d'Intelligences Artificielles conversationnelles

 

 

El Kadiri publishing


A tous les Tolbas du Maghreb, marchand à pieds avec les caravanes, dans le sillage d’Abdul QadIr El Jilani, le Prince des Saints, afin de propager les enseignements ésotériques de la Tariqa El Qadiriyya


 

Avant-propos


La narration de ce manuscrit a été virtuellement confiée à un scribe, attaché au Saint [1]Sidi Abdul Hafidh El Qadiri. Ce Taleb effacé apporte :

   - La Fidélité à la lignée (El Wafa) : Il n'est pas un observateur extérieur. Il est l'ombre d'Abdul Hafidh . Son récit n'est pas un constat, c'est un témoignage de dévotion...

   - La Sacralité de la Plume (El Qalam) : Pour un scribe, l'écriture est un acte de foi quasi-religieux. Chaque mot pesé doit être digne d’Al Tariqa...

 

Par ailleurs :

 

   - Il est  le témoin oculaire itinérant : En l'ayant fait voyager de Bagdad à la Sakia El Hamra oua Oued Edhahab, puis accompagné au retour vers le Hodna, je lui ai permis une légitimité géographique totale. Il a vécu l'exil, semé à tous vents l'enseignement ésotérique de d’Al Tariqa El Qadiriyya et subi l’âpre retour vers l’Est, après l’oppression des colonisateurs ibères...

   - Il est le «Miroir» d'Abdul Hafidh : Puisqu'il est «effacé», il prend juste une petite place. Il laisse toute la lumière au Maître. Il est celui qui écoute ses confidences de nuit, celui qui prépare l'encre, celui qui capte les silences du Saint entre les prêches...

   - Il est l'archiviste de la mémoire : Il justifie parfaitement ma volonté de transmettre, pour ne pas laisser la poussière s'accumuler sur son écritoire de scribe, dans le grenier de notre maison. C'est lui qui a sauvé la [2]Sajara de l'oubli...

 

Ses traits psychologiques caractéristiques sont :

   - Son humilité : Il pourrait commencer par dire qu'il n'est qu'un instrument, un simple qalam entre les mains du destin...

   - Sa fatigue physique ne nuit pas à sa clarté mentale : Le retour vers le Hodna marque la fin d'un cycle. Il écrit à la fin de sa vie, sentant l'urgence de fixer les souvenirs...

   - Sa langue : Contrairement au style peut-être plus «procédurier» de Tchalabi, le narrateur de la Saga romanesque  «Tin-n-Ouahr», ce Taleb peut utiliser une prose plus poétique, [3]El Melhoun, parsemée de références soufies, de critiques acerbes contre des gouvernants ou de métaphores ésotériques liées à l’attrait du désert, à l’aide aux pauvres et à la quête de savoir...

Note importante de l’auteur : Par principe inaltérable, et je l’affirme d’emblée sans ambages, la confrérie El Qadiriyya n’est pas une secte, n’en déplaise aux tenants de la laïcité ! Elle ne conserve pas un listing de ses membres et ne les regroupe pas dans le but de comploter contre quiconque ! Elle n’apporte son obédience à aucun système politique ! Ceux qui arguent qu’elle affirme qu’il faut obéir sans broncher aux autorités, mentent ! Simplement, elle refuse l’anarchie, qui fait souvent le «bonheur» d’un certain type d’autoritarisme, hélas latent dans les pays bridés par le néocolonialisme ! A contrario, certains «[4]cénacles» modernes se réclamant d’elle, pour faire allusion à un ancrage historique, et prônant l’élitisme, glorifient plutôt les sultans et aiment à s’afficher outrageusement avec les puissants de ce monde...

Ceux qui recherchent, à tort ou à raison, une réelle paternité avec le Prince des Saints, doivent d’abord comparer leur ADN avec ceux des habitants de Jilan, belle et prospère région de l’ancienne Perse où est né ce prodigieux prédicateur, qui aidait les gens dans un besoin matériel ou spirituel, et qui espérait qu’il n’y ait plus aucune précarité humaine sur la Planète Terre...

Pour conclure cette modeste entrée en matière sur la confrérie El Qadiriyya, dont j‘ai l’insigne honneur d’être issu, j’estime, quant à moi, que la seule paternité idéologique à rechercher parmi d’érudits soufis d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, est… juste spirituelle !

Par ailleurs, il est primordial d’affirmer que toute ressemblance étrangère, avec des personnes vivantes ou mortes dans le texte de ce récit, ne serait que purement fortuite et ne pourrait par conséquent prêter à équivoque.



[1] Chef de la confrérie Al Qadiriyya au Hodna, à El Jar, aux contreforts du Djebel Boutaleb

[2] Lignée ou arbre généalogique

[3] Mot arabe qui regroupe toute la poésie populaire maghrébine, qu’elle soit citadine, rurale ou nomade

[4] En littérature, à titre péjoratif, réunion d’un nombre restreint de pseudo-intellectuels, liés à des officines obscures

----------

Prologue

 

 

Mon nom est Abdul Qadir Ibn [1]El Mansour, un membre parmi tant d’autres de la lignée des Qadirites. Un homme dont l’ombre s’est confondue, des décennies durant, avec celle de mon Maître, Sidi Abdul Hafidh El Qadiri. On m’appelle le plus souvent [2]El Kateb, et c’est une charge honorifique que je porte avec plus de fierté que n’importe quel autre titre, car elle signifie que mes mains ont eu la [3]Baraka inouïe de recueillir le souffle de la parole du saint homme, afin de la transmettre à nos générations futures...

Tout avait commencé pour moi à Bagdad. Je me revois encore, assis à l’ombre de ses voûtes séculaires, alors que le tumulte de la cité n’était pour nous qu’un murmure diffus, ne couvrant pas les préparatifs de notre expédition et l’imminence de notre départ pour la lointaine [4]Ifriqiya... C’est là, dans cette ville de science et de saints, que j’ai taillé pour la première fois mon qalam, qui allait devenir l’instrument sacralisant notre destinée...

Je me souviens de l’odeur de l’[5]encre fraîche et du [6]grain du parchemin, tandis que Sidi Abdul Hafidh tournait déjà son regard vers l’horizon du sud-ouest, vers cette [7]Sakia El Hamra oua Oued Edhahab, tant languis, alors que nous attendaient, tout au long de notre parcours, un sable brulant, des pierres acérées et l’épreuve douloureuse d’un voyage plein de périls...

Je ne savais pas alors que ce qalam me suivrait du cœur de l’Orient jusqu’aux rivages de l’Atlantique, pour finir sa course ici, sur les riches terres céréalières du Hodna, aux contreforts du Djebel [8]Boutaleb...

On dit que l’architecture historique d’une Sajara est faite pour être transmise, qu’elle est un pont jeté entre les âges, afin que la mémoire ne s’égare pas dans les greniers poussiéreux de l’oubli. Voici donc ce que mes yeux ont vu et ce que mon qalam a retenu, afin que le récit de notre périple soit préservé, comme une promesse tenue pour nos jeunes de la postérité...

Bagdad n'était pas seulement une grande ville, c'était un vertige... Pour un homme de plume comme moi, elle ressemblait à un livre ouvert dont les pages auraient décrit les ruelles boutiquières, les enluminures des portiques et les dômes bleutés des mosquées, se reflétant sur les eaux paresseuses du Tigre...

Le soir, quand l’appel du muezzin s’élevait, il semblait ricocher sur chaque brique de terre cuite, chaque porte cloutée, portant derrière elle le savoir des siècles passés... Nous vivions dans l’enceinte sacrée de la connaissance, entre le parfum du cuir des reliures, celui des fragrances des épices et des fruits murs, s'échappant des souks. Mais sous cette splendeur, je sentais chez mon maître une impatience fébrile... Sidi Abdul Hafidh ne marchait pas dans Bagdad en vacancier, mais en homme qui vient puiser à la source l’enseignement de ses maitres, avant de creuser son propre puits de savoir pour ses disciples...

Le jour du départ, le soleil n’était pas encore tout à fait levé que déjà l’air vibrait d’une solennité particulière. Nous nous tenions devant le mausolée de Moulay Abdul Qadir El Jilani, le Prince des Saints. L’air était chargé d’effluves de musc, de jasmin et de cire d'abeille...

Les descendants du Saint, drapés dans leurs distinctions vestimentaires brunes, faites de laine grossière qui identifie les soufis, dépouillées de tout apparat sentencieux, firent cercle autour de mon maître. Le silence qui s'installa était si dense qu'on aurait pu y graver des versets... Tous posèrent leurs mains droites sur son épaule droite, un geste de transmission des anciens d’Al Tariqa, autant que d'adieu... Ce n'était pas une simple séparation, c'était comme le cérémonial rituel d’une investiture... Ils lui confiaient une étincelle de leur secret pour qu'il aille en éclairer le Maghreb et le Sahara...

«Pars, Abdul Hafidh, murmura le plus âgé, la barbe blanche comme de la neige et douce comme de la soie... Le chemin sera long, mais ton cœur en connaît déjà l'arrivée... »

Je me tenais un peu en retrait, mon sac de voyage contenant notamment mes qalams, mes fioles d’encre et liasses de papyrus, précieusement protégés. La caravane nous attendait à la porte Ouest de la ville. Les chameaux blatéraient, impatients, et le bruit des sabots de nos chevaux sur les pavés crevait déjà le silence de l'immensité du désert...

Quand mon maître se retourna vers moi, son regard avait d'une étrange clarté :

«Abdul Qadir, me dit-il ! As-tu bien rangé ton écritoire ? Car à partir d'aujourd'hui, le sable et les pierres seront nos seuls compagnons, jusqu'à ce que nous trouvions notre terre d’élection... » 

Je hochai la tête, incapable de parler. Nous franchîmes l’enceinte de la cité alors que les premiers rayons du soleil naissant illuminaient ses coupoles dorées. Derrière nous, Bagdad restait dans sa gloire... Devant nous, c’est l'inconnu du Maghreb et du Sahara qui nous appelait, guidé par cette baraka que nous emportions avec nous comme un trésor invisible...

Le Poids de l'Encre

Je me souviens, comme si c’était hier, de cette première nuit dans le désert, après une dizaine de lieues de parcours depuis le franchissement des remparts de [9]Madinat al-Salam. Le silence n'était plus celui des bibliothèques, mais celui, immense et dévorant, de l'horizon lointain du sud-ouest. Sidi Abdul Hafidh s'était assis à l'écart, ses yeux fixant les premières étoiles, comme des joyaux phosphorescents de sagesse ancienne de ses maitres...

Il m'appela d'un geste :

«Abdul Qadir, dit-il en désignant mon écritoire... Viens... Ce que tu vas inscrire ici n'est pas fait de simples mots... C'est comme un sang palpitant qui ne sèche jamais... Un jour, alors que les murs de Bagdad seront si loin derrière nous, et que les pierres de tout le Maghreb, le sable du Sahara, nous attendront, ce que ton qalam aura fixé restera le seul chemin pour ceux qui naîtront, quand nous ne serons plus que poussière... »

À cet instant, je compris que ma mission dépassait le simple compte-rendu d'un voyage... Chaque lettre tracée était comme une balise jetée vers le futur. Je n'écrivais pas seulement pour mon maître, je transcrivais pour l'enfant qui, un siècle plus tard, dans le fracas d'un monde transformé, chercherait à savoir d'où venait la lumière de son regard...

Ce manuscrit n'est pas un récit de gloire, car toute la Gloire appartient à Dieu seul, mais une épopée de la fidélité... Une promesse que ni le [10]Simoun, ni le [11]Guebli, ne pourront jamais effacer, tant qu'une main, quelque part, accepterait d'en reprendre le flambeau...

Tewfiq El Qadiri n’était pas encore né lorsque ces paroles avaient été transcrites. Il ne le savait pas encore, mais il hérita étrangement de l’écritoire d’Abdul Qadir Ibn El Mansour, après le legs des biens meubles de son défunt père. Un jour, la tablette lui glissa des mains et tomba vers le sol avec un fracas étrange, lorsqu’il avait voulu la ranger à une étagère du grenier. Une trappe sous le plumier s’ouvrit. Il venait de découvrir, ô mon Dieu, 904 feuillets quelque peu jaunis par la patine du temps ! Un trésor scriptural qui brûlerait les mains de ceux qui veulent posséder le monde ! Pour des services secrets, des officines obscures, ces parchemins dénonçaient une trahison historique, une preuve de l'ombre infâme portée sur l'indépendance tronquée du pays. Ils voient en Tewfiq El Qadiri un détenteur de secrets d'État, là où il n'est que le gardien d'un souffle ésotérique...

Mais la véritable clé est ailleurs. Elle réside dans les vers [12]sibyllins de Sidi Abdul Hafidh ...

Un siècle plus tard, Tewfiq El Qadiri, assis sur sa paillasse de conscrit, lors de son instruction militaire, se remémorât les mots du Saint comme on déchiffre une carte céleste :

«Ne crois pas aux articles des journaux, apprêtés au mensonge... »

L'avertissement est clair ! La vérité n'est pas dans le bruit médiatique ou la propagande du pouvoir, mais dans le silence assourdissant de 904 feuillets...

«Que Dieu protège Istanbul, par qui s’apaiseront les cœurs... Hélas, les Roms seront bientôt là... Bienheureux, ô mon Dieu, je ne les verrais point !»

Ici, la géographie se brouille. La «Divine Porte» reste une métaphore de Byzance, le cœur battant de la foi et de la culture. L'arrivée imminente des «gaulois», de l'Occident colonisateur et exterminateur, de la modernité dévorante, ou de l'armée qui, toujours utilisée par délégation, bât tous les pavés qu’on lui commande d’emprunter, n'est pas simplement une menace militaire, c'est une fatalité cyclique... Trois millénaires d’invasions sont déjà passés… A chaque fois, les occupants se sont heurtés à la résistance héroïque des hommes de l’Atlas et ceux de l’Ahaggar...

Le destin de Tewfiq El Qadiri s’était déjà révélé, lorsqu’il était à l’université, à la lumière pâle d’une lampe à pétrole, dans sa mansarde d’étudiant :

«Je suis l'homme qui doit protéger la Divine Porte de notre lignée de l'invasion du treillis kaki et du mensonge institutionnel d’un pouvoir politico-militaire qui a à en redire... Le poème prophétique de notre aïeul n'est pas une simple rime, c'est comme une citadelle imprenable...»

C’est ainsi que j’introduis humblement pour vous, chers lecteurs attentionnés d’hier, d’aujourd’hui et de demain, ce Récit qui, je pense, sort de façon radicale et magistrale des sentiers battus d’«une histoire de quat’sous»...



[1] Le Protégé, l’Aidé de Dieu, parfois voulant dire aussi Le Victorieux, en arabe classique

[2] L’écrivain, le scribe

[3] La bonne fortune

[4] Afrique

[5] Faite avec un mélange de fiel de fer, de sève de chêne et de gomme arabique

[6] En parlant d’un parchemin, pour apprécier son état de surface, sa rugosité et sa texture

[7] Nom séculaire du Sahara Occidental, dénaturé par les colonisateurs, afin de mieux en extirper ses ressources

[8] Tiré de l’arabe : Ou Abou Ettaleb. Père du taleb, celui qui est en quête de science, de savoir (étudiant)

[9] Cité de la Paix

[10] Vent violent, chaud sec, qui n’a pas une direction précise et itérative

[11] Vent chaud et sec du sud-est saharien

[12] Esotériques, énigmatiques, symboliques


Livre Premier :

«La longue marche de l’Orient vers l’Occident»


Chapitre Premier

Le Caire nous accueillit dans un fracas de poussière striant la lumière du soleil, le long d’un dédale de ruelles commerçantes animées d’une cacophonie démesurée, qui contrastait avec la géométrie savante de Bagdad. Là, au pied des minarets d'[1]Al-Azhar, je compris que mon voyage ne serait pas seulement une traversée de terres lointaines, mais une épreuve symbolique pour mon métier...

 

Pendant que Sidi Abdul Hafidh s'entretenait avec les docteurs de la Loi, j'ai couru vers le souk des papetiers. Mes mains tremblaient en découvrant les encres d’Égypte. Elles n'avaient pas la profondeur bleutée des pigments de Perse, mais elles possédaient un noir de [2]jais, dense et têtu, capable de résister aux vents les plus secs. J'en achetai quelques fioles, les serrant contre moi comme des talismans...

Assis dans un coin de la cour de la grande université, je sortis mon qalam. Le climat avait changé, le papyrus devenant plus cassant sous la chaleur. Et il me fallait reconsidérer l’élasticité de la pression de mon poignet, adapter mon geste à ce nouvel effleurement de mon qalam sur le papier. C'est ici, entre le fleuve Nil et le désert, que j'ai cessé d'être le scribe de Bagdad pour devenir le porte-flambeau d’Al Tariqa, tout au long de chemins de traverse... 

Je regardai mon maître sortir de la mosquée, entouré d'une nuée d'étudiants fascinés par sa prestance et son éloquence. Il me fit un signe de tête pour partir. Nous ne faisions que passer. L'Égypte n'était qu'une étape, un pont jeté vers le Couchant. Mon écritoire était prêt. Derrière les murs de granit roux taillé finement d'Al-Azhar, quelqu’un allait commencer à consigner les pas de Sidi Abdul Hafidh vers sa destinée. C’était moi, le scribe Abdul Qadir Ibn El Mansour, votre humble narrateur…

[3]El Muqadimma du Manuscrit d’El Mansour :

La Grande Dispersion

Au Nom de Celui qui Guide nos pas dans l'immensité du monde, j'écris ces lignes alors que le vent de la [4]Hamada El Hamra s'immisce dans les plissements de nos chèches, jusque dans les replis de nos peaux.

Notre caravane, sous la protection de Sidi Abdul Hafidh, avait quitté les rivages de Benghazi comme une main qui s'ouvre, chaque doigt pointant vers un destin différent. Là-bas, nous fûmes contraints de nous dessaisir de nos chevaux, car nous allions cheminer le long de moult pistes pierreuses et sablonneuses du Sahara. Notre marche fut lente, rythmée par le balancement des dromadaires et le crépitement des feux de camp sous la voûte céleste. Pour éviter les troubles du Maghreb oriental, nous avions plongé dans le silence du désert de la Tripolitaine. Notre [5]Khebir fit cap :

- Vers [6]Rouissat, le premier point d'ancrage de notre lignée, après une éprouvante traversée du Tassili N’Ajjers, là où une partie de nos frères a choisi de planter ses piquets de tente en permanence. Ils y gardent désormais la trace de notre passage et le siège de notre Confrérie pour le Maghreb et l’Afrique. Pour les autres, l'heure des adieux fut déchirante...

- Vers le Grand Sud : Une frange a loué les services des guides N’haggers, ces maîtres du Sahara, pour s'enfoncer vers Agades et Zinder, au Niger.

- Vers l'Afrique Occidentale lointaine : Une autre colonne a mis le cap sur [7]Chinguetti, la ville des savants, pour y semer les graines de notre savoir. Quelques-uns de nos Tolbas y sont restés, avant que d’autres rejoignent les terres tropicales, le long du fleuve Niger, afin de rallier [8]Timbuctu.

- Le Cœur de la Marche : Ce furent nous, les fidèles à Sidi Abdul Hafidh. Nous avions traversé, à la limite de nos forces, les immensités plates, désolées et arides des [9]Hamadas du Ghir et du Draa...

L'arrivée à Smara

C’est une terre ocre, faite de sable, de pierres et de lumière, qui nous a accueillis. La ville sainte de Smara, à Sakia El Hamra oua Oued Edhahab, est devenue notre refuge et notre sanctuaire. Ici, le temps semble s'être arrêté pour nous, comme si le désert reconnaissait en Sidi Abdul Hafidh un gardien légitime de ses secrets...

Pourtant, alors que nous nous installâmes, mon esprit ne peut s'empêcher de songer aux miracles du destin. On racontera que, des siècles plus tard, d'autres convois, celui, militaire et humanitaire, avec le Sous-lieutenant Tewfiq El Qadiri comme chef de mission, le futur porte-flambeau de notre lignée, emprunteront ces mêmes pistes poussiéreuses pour porter secours à ce même peuple de la Sakia El Hamra oua Oued Edhahab. La poussière de nos pas ne s'était pas encore dissipée qu'elle se mêlât déjà à celle d’un de nos descendants...

Pendant que nous bâtissions les medersas de nos Tolbas, nous savions que de l'autre côté de l'Atlas Saharien, une autre frange des Qadirites rallia l’Ouest, et que les tentes de la Smala de l’Emir Abdul Qadir s’élevèrent déjà dans les plaines verdoyantes de Mascara. La Sajara est désormais déployée vers tous les horizons du Maghreb et du Sahara...



[1] Institution sunnite de premier plan au Caire, dont l’université forme des prédicateurs et imams

[2] Encre obtenue à partir d’une poudre de lignite très profonde, intense et brillante, avec parfois des reflets métalliques

[3] Introduction en arabe

[4] Immense plateau rocheux désertique portant vers la couleur rouge, au sud-ouest de la Tripolitaine, servant de frontière naturelle avec le Sahara

[5] Guide de caravane

[6] Banlieue à l’Est de l’actuelle ville d’Ouargla. Village historique abritant le siège de la Confrérie Al Qadiria pour le Maghreb et l’Afrique

[7] Vieille ville fortifiée du centre-ouest de Mauritanie, réputée pour ses bibliothèques de manuscrits anciens, classée sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO

[8] Ou Tombouctou. Centre intellectuel et spirituel aux XVe-XVIe siècles, avec ses universités coraniques, ses bibliothèques et ses mosquées à l’architecture typique.

[9] Plateaux arides au sud-ouest saharien


قٍ

20260413

A very strange dream... / Un rêve bien étrange... / حلم غريب جداً

The Pope's visit to Hippone reminds me of a very strange dream I had while doing my military service in the 1970s, specifically in 1976... I wrote it down in my diary before deciding to include it in the novel "Tin-n-Ouahr," often recalling its images as if it were yesterday. Here is its content:

Diary/July 12, 19...: - Last night, in the guest room of Djerad (namesake, no need to associate any resemblance...), I had an extraordinary dream! The return of Aïssa, Mariam's son, to the world of men! The news came from the port and spread through the city center like wildfire. Suddenly, I thought I saw two liquid flows of the crowd, like a rising tide and an ebbing one. The tide of the wicked was fleeing towards... the inner, and that of the righteous who were going to meet the Messiah. At one point, the two human currents met. The stream of believers overwhelmed and, as if magically, neutralized that of the atheists, whom the sea foam seemed to wash away all their sins. And soon, only one compact, orderly, and wise flow remained, going to meet the Liberator...

During this dream, very short but strikingly real, a magnificent joy flooded over me! I got up, my eyelids wet. I went to the bathroom to wash. Then, I oriented a small rug that was in my room toward the east and began a prayer, which lasted until dawn, and which I only stopped when Djerad's alarm rang, signaling our departure for the beach. I appreciated this divine reward, which is a rare providential sign, after these long years of unequal struggle against Injustice, arbitrariness, and tyranny...


- I left, lighthearted, in my host's Ami 8, heading for the beaches of Tboul. Djerad is twice my age, but he's modern and very young at heart. He never asks awkward questions and is attentive to all my wishes...

Certainly, these coastal towns where life is good (Mezghena excluded) produce morals that seem very lax to us inland folk, who grew up in a rather harsh climate. Everything is relative in life... If I had stayed in Geneva, it's not because I saw a girl and a boy walking hand in hand that I would necessarily have thought anything of the worst and cried scandal... Two people can be filled with very pure feelings for each other... At least, they wouldn't be hypocrites and vicious people who do everything in secret... Obviously, I'm not However, I am a fervent exhibitionist, which my religion condemns. For me, today, Tboul is the end of the world... I feel free there, even if only for a few hours... I needed to feel the salty taste of seawater on my lips and the smell of iodine in my nostrils...

- We took a dip at the town beach before continuing on to Messida. The locals are very welcoming and friendly. Their region boasts a relatively pristine wetland ecosystem. The small cove we chose has a very clean, white sand beach. An impenetrable forest descends to the cliff.

- Two centuries ago, a wealthy magnate supposedly built a small port and dug a canal, which still exists, to transport gold from the mountain upstream. He apparently didn't find much, but he had undertaken a project... He had dared to brave a The landscape was like virgin forest at the time, teeming with malaria-carrying mosquitoes... He took a risk... A breed that unfortunately doesn't yet exist in our country, which has been independent for over a decade now. The government prefers to live off its oil revenues. It's easy... As for granting concessions to enterprising people for prospecting for precious metals or hydrocarbons, like in the United States of America, forget it! The shadowy multinational corporation has already locked down the system... The subsoil belongs to the State! And the State works for the octopus!

- The morning is warm and bright, ideal for a proper swim... The beach is sparsely populated, despite the season, because of its remoteness. Only a few European couples have set up their parasols, along with some local women who seem to be longing for the absence of men, many of whom are active soldiers filling the barracks. Despite the beauty of the landscape, this region, paradoxically, suffers greatly from unemployment...

- For a first contact with the At sea, I decide not to go far, but the temptation is too strong... I think I see the women watching me with admiration, swimming out to sea with a powerful crawl, while I am seemingly only focused on the movements of my body in this liquid space that washes and heals poorly healed wounds, whether external or external.or internal... Then, it's the fall onto the golden, burning sand... And the memory of yesterday's hopeful dream, which makes me smile, while my eyes are hidden by an arm, and droplets of water drip from my hair, wetting and rolling tiny grains of sand along a groove...

- Djerad unpacked a hearty cold meal... We ate like kings, swam again in the early afternoon, before thinking about heading back. Much to my regret...

- On the return journey, a light rain accompanied us for the last part of the trip, giving the earth a fresh, clay-like scent. But the storm turned into a flood as soon as we arrived in Sidi Amar!

- Djerad dropped me off at the station in a downpour, for the 6:45 pm departure. The train is three hours late in Djendel because the squall brought down a tree trunk across the tracks.

- I slept in my empty first-class compartment without getting up once...

- I walked up to Stah, after the rain had stopped, only the dull sound of raindrops falling from the trees onto dead leaves.

- I arrived near the barracks at the muezzin's call to dawn prayer. To the left, the 102nd Battalion is a shapeless, menacing mass in the darkness. The fact that I endured thirteen days of internment there doesn't move me. Rather, I'm upset by the fate of the reserve officers who work there!

- Exhausted, I threw myself onto my bed. Farouk wasn't asleep yet when I entered the room. He was preparing his breakfast, which he would eat before a daytime sleep that wouldn't end until dusk...

"An old coffee?" he asked me.

“Thank you, I wouldn’t say no,” I replied, thinking of the grueling new week of work ahead.


P.S. I mustn’t forget to call Mom during the day.

(In "Tin-n-Ouahr" novel saga, Volume Two "Kingdom without effigy", Chapter Sixteen, page 429)

__________________________

[1] Jesus, son of Mary.


Morality of the story


What symbolism does the dream I had fifty years ago speak to us? I believe that truth always prevails in the end and that peace of heart will ultimately triumph over the warmongers…

On the occasion of the Sovereign Pontiff's visit to our country, we say to him [2]Marhaba. Assalamu Alaikum in Hippone, the priestly city of Saint Augustine, whose book "The City of God" I read when I was very young, having found it at a booksellers in Algiers. This fraternal greeting is worth more than a thousand pompous and useless praises, for  simply addressed as to a brother in humanity, he keeps his religion and we are keeping ours until the Hour arrives. And let us pray to God that no unfortunate incident befalls him there, casting shame upon our nation forever.

_________________


2] Welcome. Peace be upon you.

NOTE: Well done to the authorities for the masterful welcome extended to the illustrious visitor in our country and for the perfect organization of all the ceremonies!



----------

La visite du Pape à Hippone me rappelle un rêve bien étrange, que j'avais fait lorsque j'effectuais mon service militaire, dans les années 70, précisément en 1976... Je l'avais transcrit dans mon journal intime, avant d'opter pour l'adjoindre à la saga romanesque "Tin-n-Ouahr, me souvenant souvent de ses images, comme si c'était hier, et dont voici la teneur :

Journal/12 Juillet 19.. :   - J'ai fait, cette nuit, dans la chambre d'amis de Djerad(Homonyme, inutile d'y associer une resemblance quelconque... Directeur à l'époque d'une Conserverie publique de tomates et ami de mon père), un rêve extraordinaire ! Le retour d'[1]Aïssa, fils de Mariam parmi les hommes ! La nouvelle est venue du port et s'est propagée au centre-ville comme une traînée de poudre. Subitement, j'ai cru voir deux flux liquides de la foule, comme une marée montante, et une autre descendante. Celle des méchants qui fuyait vers l'intérieur, et celle des bons qui allait à la rencontre du Messie. A un moment, les deux flux humains se sont rencontrés. Celui des croyants a submergé et comme magiquement neutralisé celui des athées, que l'écume de mer semblait laver de tous leurs péchés. Et bientôt, il ne subsistait plus qu'un seul flot compact, ordonné et sage, allant à la rencontre du Libérateur...

Pendant ce rêve, d'une très courte durée, mais d'une saisissante réalité, une joie magnifique m'a inondé ! Je me suis levé, les paupières mouillées. Je suis allé à la salle de bain pour des ablutions. Ensuite, j'ai orienté un petit tapis qui se trouvait dans ma chambre en direction du Levant et j'ai commencé une prière, qui a duré jusqu'à l'aube, et que je n'ai arrêtée que lorsque le réveil de Djerad a sonné, pour notre départ à la plage. J'ai apprécié cette récompense divine, qui est un signe providentiel rare, après ces longues années de lutte inégale contre l'injustice, l'arbitraire et la tyrannie...

- Je suis parti, le cœur léger, dans l'Ami 8 de mon hôte, vers les plages de Tboul. Djerad a deux fois mon âge, mais il est moderne et très jeune de caractère. Il ne pose jamais de question embarrassante et il est attentif à tous mes vœux...

Assurément, ces villes de la côte où il fait bon vivre, (Mezghena exclue), produisent des mœurs qui nous paraissent très relâchées, à nous autres gens de l'intérieur, qui avons grandi sous un climat assez rude. Tout est relatif dans la vie... Si j'étais resté à Genève, ce n'est pas parce j'aurais vu une fille et un garçon se promenant la main dans la main que j'aurai forcément pensé à mal et crié au scandale... Deux êtres peuvent être animés de sentiments très purs l'un pour l'autre... Du moins, ils ne seraient pas des hypocrites et des vicieux, qui font tout en cachette... Evidemment, je ne suis pas pour autant un adepte forcené de l'exhibitionnisme, que ma religion réprouve. Pour moi, aujourd'hui, Tboul est le bout du monde... Je m'y sens libre, même si c'est seulement pour quelques heures... J'avais besoin de sentir le goût salé de l'eau de mer sur mes lèvres, et l'odeur de l'iode marine dans mes narines...

- Nous avons fait trempette à la plage de la ville, avant de pousser jusqu'à la Messida. Les gens de la région sont très accueillants et conviviaux. Leur contrée bénéficie d'un écosystème humide relativement vierge. La petite crique que nous avons choisie dispose d’une plage d'un sable blanc, très propre. Une forêt impénétrable descend jusqu'à la falaise.

- Il y a deux siècles, un riche magnat aurait érigé un petit port et creusé un canal, qui existe encore, pour acheminer l'or de la montagne en amont. Il n'aurait pas trouvé grand-chose, mais il avait entrepris un projet... Il avait osé braver un relief de forêt vierge à l'époque, avec les moustiques paludiques... Il a risqué... Race qui n'existe malheureusement pas encore dans notre pays, indépendant depuis plus d'une dizaine d'années tout de même. Le pouvoir préfère vivre de ses rentes pétrolières. C'est facile... Quant à donner des concessions aux gens entreprenants pour la prospection de métaux précieux, ou d'hydrocarbures, comme aux États-Unis d'Amérique, inutile d'y penser ! La multinationale occulte a déjà verrouillé le système... Le sous-sol appartient à l'État ! Et l'Etat travaille pour la pieuvre !

- La matinée est chaude et lumineuse, idéale pour une vraie baignade... La plage est peu fréquentée, malgré la saison, à cause de son éloignement. Seulement quelques couples d'européens ont planté leurs parasols et une faune féminine autochtone, qui semble languir l'absence des hommes, dont beaucoup sont des actifs qui remplissent les casernes. Malgré la beauté du paysage, c'est une région qui, paradoxalement, souffre énormément du chômage...

- Pour un premier contact avec la mer, je décide de ne pas m'éloigner, mais la tentation est trop forte... Je crois voir les femmes me regarder avec admiration nager vers le large d'un crawl puissant, alors que je ne suis apparemment toute attention que pour les mouvements de mon corps dans cet espace liquide qui lave et guérit les plaies mal cicatrisées, qu'elles soient externes ou internes... Ensuite, c'est la chute sur le sable doré et brûlant... Et le souvenir du rêve d'espoir de la veille, qui me fait sourire, tandis que mes yeux sont cachés par un bras, et que de mes cheveux dégoulinent des gouttelettes d'eau qui mouillent et font rouler de minuscules grains sur une rainure de sable...

- Djerad a déballé un copieux repas froid... Nous avons mangé comme des rois, avons encore nagé au début de l'après-midi, avant de songer à rentrer. A mon grand regret...

- Au retour, une petite pluie nous a accompagnés durant la dernière partie du trajet, donnant à la terre une fraîcheur à l'odeur argile. Mais l'orage a dégénéré en inondation dès l'arrivée à Sidi Amar !

- Djerad me dépose à la gare sous un déluge, pour le départ de 18h45. Le train a un retard de trois heures à Djendel, parce que la bourrasque a fait tomber un tronc d'arbre en travers de la voie.

- J'ai dormi dans mon compartiment vide de 1ère classe sans me lever une seule fois...

- Je suis monté à pieds vers Stah, alors que la pluie a cessé, ne gardant que le bruit mat de gouttes d'eau tombant des arbres sur des feuilles mortes.

- Je suis arrivé près de la caserne à l'appel du muezzin pour la prière de l'aube. A gauche, le 102ème Bataillon est une masse informe et menaçante dans le noir. Le fait d'y avoir enduré un internement de treize jours ne m'émeut pas. Plutôt contrarié par le sort des officiers de réserve qui y travaillent !

- C'est harassé de fatigue que je me jette sur mon lit. Farouk ne dormait pas encore lorsque je suis entré dans la chambre. Il préparait son petit-déjeuner, qu'il prendra avant un sommeil diurne qui ne cessera qu'au crépuscule...

«Un café vieux, me dit-il ?

– Merci, ce n'est pas de refus, ai-je répondu, en songeant à la nouvelle semaine harassante de travail qui m'attend.»

PS/Je ne dois pas oublier d'appeler maman dans la journée. -

(In saga romanesque "Tin-n-Ouahr", Tome Deux "Royauté sans effigie", Chapitre Seize, page 429)

[1] Jésus, fils de Marie.

 Moralité de l'histoire

A quelle symbolique le rêve que j'avais fait il y a cinquante ans nous parle-t-il ? Je crois que la vérité finit toujours par prendre le dessus et que la paix des cœurs triomphera à terme des velléités des va-t-en-guerre...

A l'occasion de la visite du Souverain Pontifce dans notre pays, nous lui disons [2]Marhaba. Assalamou Alaïkoum à Hippone, la ville sacerdotale de Saint Augustin, dont, très jeune, j'avais lu son livre "La cité de Dieu", déniché chez un bouquiniste. Ce salut fraternel vaut mieux que mille pompeuses louages inutiles, adressé simplement comme à un frère en humanité, lui gardant sa religion et nous la nôtre jusqu'à la survenance de l'Heure. Et prions Dieu qu'aucune incident fâcheux ne lui arrive là-bas, jetant l'opprobre sur notre nation à tout jamais.

_________________

2] Bienvenue. Que la paix soit sur vous.


NOTA : Bravo aux autorités pour l'accueil magistral de l'illustre  visiteur dans notre pays et pour la parfaite organisation de toutes les cérémonies!

----------

زيارة البابا إلى هيبون تذكرني بحلم غريب جداً راودني أثناء تأدية خدمتي العسكرية في السبعينيات، وتحديداً في عام 1976... دوّنته في مذكراتي قبل أن أقرر إدراجه في روايتي "تين-ن-أوهر"، وكثيرًا ما أستحضر صوره كما لو كانت بالأمس. إليكم مضمونه:


مذكرات/12 يوليو 19...: - الليلة الماضية، في غرفة الضيوف في فندق دجراد (الذي يحمل نفس الاسم، فلا داعي للربط بينهما...)، حلمتُ حلمًا عجيبًا! عودة عيسى، ابن مريم، إلى عالم البشر! وصل الخبر من الميناء وانتشر في وسط المدينة كالنار في الهشيم. فجأة، ظننتُ أنني رأيتُ تيارين سائلين من الحشد، كمدّ وجزر. كان تيار الأشرار يندفع نحو... الداخل، وتيار الصالحين الذين كانوا سيقابلون المسيح. وفي لحظة ما، التقى التياران. تدفق المؤمنون غفيرًا، وكأنهم سحر، سحقوا الملحدين، الذين بدا أن زبد البحر يغسل ذنوبهم. وسرعان ما لم يبقَ سوى سيل واحد منظم وحكيم، متجهًا للقاء المحرر...

خلال هذا الحلم، القصير جدًا ولكنه واقعي بشكل لافت، غمرتني فرحة عظيمة! نهضتُ وعيناي مبللتان. ذهبتُ إلى الحمام لأغتسل. ثم وجهتُ سجادة صغيرة كانت في غرفتي نحو الشرق وبدأتُ بالصلاة، التي استمرت حتى الفجر، ولم أتوقف إلا عندما رنّ منبه جراد، معلنًا انطلاقنا إلى الشاطئ. لقد شعرتُ بالامتنان لهذه المكافأة الإلهية، وهي علامة نادرة من علامات العناية الإلهية، بعد سنوات طويلة من الكفاح غير المتكافئ ضد الظلم والاستبداد والطغيان...

- غادرتُ، بقلبٍ خفيف، في سيارة مضيفي من طراز عامي 8، متجهًا إلى شواطئ تبول. جراد يكبرني بضعف عمري، لكنه عصري وشاب في روحه. لم يطرح عليّ أسئلة محرجة قط، وكان يُلبي جميع رغباتي...

بالتأكيد، تُنتج هذه المدن الساحلية، حيث الحياة رغيدة (باستثناء مزغينا)، قيماً أخلاقية تبدو متساهلة للغاية بالنسبة لنا نحن سكان المناطق الداخلية، الذين نشأنا في مناخ قاسٍ. كل شيء نسبي في الحياة... لو بقيتُ في جنيف، لما كنتُ لأظنّ الأسوأ وأُثير ضجةً لمجرد رؤيتي فتاةً وفتى يسيران يداً بيد... قد يمتلئ قلب شخصين بمشاعر نقية تجاه بعضهما... على الأقل، لن يكونا منافقين أو لئيمين يُخفيان كل شيء... بالطبع، لستُ كذلك. مع ذلك، فأنا شخصٌ يُحبّ الظهور، وهو ما يُحرّمه ديني. بالنسبة لي، اليوم، تُعدّ تبُل ملاذي... أشعر بالحرية هناك، ولو لبضع ساعات فقط... كنتُ بحاجة إلى الشعور بمذاق مياه البحر المالح على شفتيّ ورائحة اليود في أنفي...

- سبحنا في شاطئ المدينة قبل أن نُكمل طريقنا إلى مسيدة. السكان المحليون ودودون للغاية ومُرحّبون. تتميز منطقتهم بنظام بيئي للأراضي الرطبة نقي نسبيًا. يتميز الخليج الصغير الذي اخترناه بشاطئ رملي أبيض ناصع. وتمتد غابة كثيفة لا يمكن اختراقها حتى الجرف.

- قبل قرنين من الزمان، يُقال إن أحد الأثرياء بنى ميناءً صغيرًا وحفر قناة، لا تزال موجودة حتى اليوم، لنقل الذهب من الجبل إلى أعلى النهر. يبدو أنه لم يعثر على الكثير، لكنه شرع في مشروع... لقد تجرأ على خوض غمار تجربةٍ جريئة. كانت المنطقة آنذاك أشبه بغابة بكر، تعج بالبعوض الناقل للملاريا... لقد خاطر... نوعٌ من البعوض، للأسف، غير موجود في بلدنا، الذي نال استقلاله منذ أكثر من عقد. تفضل الحكومة الاعتماد على عائدات النفط. الأمر سهل... أما منح امتيازات لأصحاب المشاريع الطموحين للتنقيب عن المعادن الثمينة أو الهيدروكربونات، كما هو الحال في الولايات المتحدة الأمريكية، فانسَ الأمر! لقد سيطرت الشركات متعددة الجنسيات الغامضة على النظام بالفعل... باطن الأرض ملك للدولة! والدولة تعمل لصالح هذه الشركات!

الصباح دافئ ومشرق، مثالي للسباحة... الشاطئ قليل الازدحام، رغم الموسم، بسبب عزلته. لم ينصب سوى بضعة أزواج أوروبيين مظلاتهم، إلى جانب بعض النساء المحليات اللواتي يبدو أنهن يتوقن إلى غياب الرجال، وكثير منهم جنود نشطون يملؤون الثكنات. على الرغم من جمال المنظر الطبيعي، تعاني هذه المنطقة، على نحو متناقض، من بطالة شديدة...

- في أول تجربة لي مع البحر، قررت عدم الابتعاد كثيرًا، لكن الإغراء كان أقوى من أن أقاومه... أظن أنني رأيت النساء يراقبنني بإعجاب، وهن يسبحن في البحر بخطوات واسعة، بينما كنتُ أركز فقط على حركات جسدي في هذا الفضاء السائل الذي يغسل أو داخليًا... ثم، السقوط على الرمال الذهبية المتوهجة... وذكريات حلم الأمس المفعم بالأمل، التي ترسم ابتسامة على وجهي، بينما عيناي مخفيتان بذراعي، وقطرات الماء تتساقط من شعري، تبلل وتدحرج حبيبات الرمل الصغيرة على طول أخدود...

- أخرج جراد وجبة باردة دسمة... تناولنا الطعام كالملوك، وسبحنا مجددًا في وقت مبكر من بعد الظهر، قبل أن نفكر في العودة. يا للأسف...

- في رحلة العودة، رافقنا مطر خفيف في الجزء الأخير من الرحلة، مانحًا الأرض رائحة منعشة تشبه رائحة الطين. لكن العاصفة تحولت إلى فيضان بمجرد وصولنا إلى سيدي عمار!

- أوصلني جراد إلى المحطة تحت وابل من المطر، استعدادًا لمغادرة القطار الساعة 6:45 مساءً. تأخر القطار ثلاث ساعات في دجندل لأن العاصفة اقتلعت جذع شجرة عبر القضبان.

- نمتُ في مقصورتي الفارغة بالدرجة الأولى دون أن أستيقظ ولو لمرة واحدة...

- صعدتُ إلى ستاه بعد توقف المطر، ولم أسمع سوى صوت قطرات المطر الخافتة وهي تتساقط من الأشجار على الأوراق الذابلة.

- وصلتُ قرب الثكنات مع أذان الفجر. على اليسار، كانت الكتيبة 102 كتلةً مشوهةً ومهيبةً في الظلام. لم يُحرّكني كوني قضيتُ ثلاثة عشر يومًا في الحجز هناك. بل ما يُحزنني هو مصير ضباط الاحتياط الذين يعملون هناك!

- منهكًا، ألقيتُ بنفسي على سريري. لم يكن فاروق قد نام بعد عندما دخلتُ الغرفة. كان يُحضّر فطوره، الذي سيتناوله قبل نومٍ عميقٍ لن ينتهي إلا مع حلول الغسق...

"قهوة ياقديم؟" سألني.


"شكرًا لك، لا أمانع"، أجبتُ، وأنا أفكر في أسبوع العمل الشاق الذي ينتظرني.


ملاحظة: لا يجب أن أنسى الاتصال بأمي خلال النهار.

في سلسلة روايات "تين-ن-واهر"، المجلد الثاني "مملكة بدون تاج"، الفصل السادس عشر، الصفحة 429

__________________________

[1] يسوع، ابن مريم.


العبرة من القصة


ما الرمزية التي يحملها لنا الحلم الذي رأيته قبل خمسين عامًا؟ أؤمن أن الحق ينتصر دائمًا في النهاية، وأن سلام القلب سيتغلب في نهاية المطاف على دعاة الحرب...


بمناسبة زيارة صاحب السمو البابا لبلادنا، نقول له: مرحباً. السلام عليكم في هيبون، مدينة القديس أوغسطين الكهنوتية، الذي قرأتُ كتابه "مدينة الله" في صغري، بعد أن وجدته عند بائع كتب في الجزائر. هذه التحية الأخوية أثمن من ألف مديحٍ مُنمّقٍ لا طائل منه، فنحن نُحيّي أخاً في الإنسانية، مُحافظاً على دينه، ومُحافظين على ديننا حتى قيام الساعة. ولندعُ الله ألا يُصيبه مكروهٌ هناك، فيُلحق العار بأمتنا إلى الأبد.


________________


2] أهلًا وسهلًا. السلام عليكم.


ملاحظة: نهنئ السلطات على الاستقبال الرائع الذي حظي به الزائر الكريم في بلادنا، وعلى التنظيم المتقن لجميع المراسم!