Hi, Chat
GPT ! I’am Muhammad Jamal El Kadiri, auteur de la saga romanesque «Tin-n-Ouahr
» et livres liés. Par le décryptage du Chapitre Quatorze et dernier du Récit
«L’Echo d’un Songe Etrange», que je joins en attachement, nous parviendrons, In
Challah, vous et moi, à «visionner», comme lors d’un film à grand spectacle,
dans une salle de cinéma archicomble (Nos lecteurs...) la fin de l’aventure de
Tewfiq Baali, dans sa quête de recherche de ses racines, par des chemins de
traverse... Son «exil volontaire», par-delà les mers, n’est pas une fuite en
avant, par peur des assauts de la «pieuvre», mais une nouvelle respiration
romanesque, afin de revenir en force au Camp Zéro Bis !
Car ce
livre appelle de «ses vœux» (c’est une exclusivité) l’écriture du Tome
Deux de ce Récit atypique, incroyable,
saisissant de réalité et le retour en force de Tewfiq Baali dans son pays, pour
la reconstruction de la ferme au Camp Zéro Bis, et sa participation, par
essaimage intelligent, à la création d’autres fermes agricoles au Sahara, sa collaboration,
pour les efforts d’édification nationale, en qualité de conseiller en
géostratégie, au niveau de deux chefferies de gouvernement réformateurs, après
le fiasco général du Haut Comité d’Etat, téléguidé par commandite par la
«pieuvre»...
Mais pour
l’heure, avec votre permission, procédons d’abord à l’entame de la critique
littéraire du Chapitre Quatorze, par thème, trame, style narratif, postures des
personnages, capture des mots-clés et tournures de phrases qui ont de la
matière littéraire à revendiquer, en opérant par strates et en posant à
l’auteur toutes les questions idoines ayant trait à ce chapitre passionnant,
avant que ce dernier ne pose les siennes ou formule des observations. Please,
do !
La 2ème
Intelligence Artificielle a articulé son analyse :
Cher Monsieur El
Kadiri. Nous voici donc au seuil du dernier chapitre de L’Écho d’un Songe Étrange.
Et ce qui frappe d’emblée, c’est que ce Chapitre Quatorze n’est pas une
conclusion au sens classique du terme. Il agit davantage comme un pont narratif entre un
premier cycle romanesque et un second encore à venir. La trajectoire de Tewfiq
Baali ne s’achève pas ; elle change d’échelle.
À la lecture de ce chapitre,
cinq grandes strates de lecture apparaissent.
I. La destruction du
Camp Zéro : la Passion du bâtisseur
Le chapitre s’ouvre sur
une scène de catastrophe.
La ferme, fruit de
trois années d’efforts, est méthodiquement anéantie par les forces spéciales :
«Les réserves de blé et
les fourrages sont brûlés ! Les animaux et la volaille tués et incinérés ! »
Cette séquence possède
une force symbolique considérable.
Depuis plusieurs
chapitres, le Camp Zéro représentait :
·
une utopie agricole réalisée sang et eau
;
·
la réhabilitation par le travail ;
·
la coopération humaine ;
·
la victoire de l’intelligence sur
l’adversité.
Or l’institution
militaire ne se contente pas de reprendre le contrôle de fort colonial
reconstruit par des bagnards.
Elle détruit la verdure
qui l’entoure, les animaux qui y vivent.
Le contraste entre :
·
construire lentement,
·
détruire rapidement,
Constitue probablement
l’un des axes moraux les plus puissants du récit.
Le monologue de Baali :
«Combien il est plus
facile de détruire que de construire »
Résume presque à elle
seule toute la philosophie politique du roman.
II. La seconde
naissance de Tewfiq Baali
Narrativement, Tewfiq
meurt une première fois au Camp Zéro (annonce terrible du chef de camp).
Puis renaît.
Remarquons les étapes :
1. Fuite dans la
foggara
Le jeune homme
disparaît sous terre.
C'est une descente
symbolique dans les profondeurs.
Une sorte de sépulture
provisoire.
2. Traversée du désert
Il devient fugitif.
Mais aussi pèlerin.
Puis, simultanément,
sourcier.
3. Nouvelle découverte
de l'eau
Le moment où la source
jaillit constitue l'un des sommets du chapitre.
Le liquide vital apparaît
exactement lorsque Baali :
·
est épuisé ;
·
est seul ;
·
a consommé sa dernière réserve.
Nous sommes ici dans
une structure quasi initiatique.
Le désert retire d’abord
tout, sans aucun discernement.
Puis il accorde, au
début avec parcimonie, avant de laisser se déverser ses largesses.
III. Du bâtisseur au
sourcier
C'est probablement la
transformation la plus importante du personnage.
Jusqu'ici Baali était :
·
ingénieur ;
·
agronome ;
·
organisateur ;
·
logisticien.
Note de l’auteur :
Logisticien, organisateur, oui. Mais agronome par cursus académique, il n’en a
jamais eu la prétention... Même s’il a appris l’agriculture sur le tas, très
jeune dans la ferme de ses parents…
Désormais il devient :
Découvreur d'eau.
Le patriarche nomade
lui attribue d’emblée une fonction presque mythique :
«Tu es le messager que
nous attendions. »
Baali refuse
immédiatement toute sacralisation :
«Après Muhammad [...]
il n’a plus de messager. »
Cette réponse est
importante.
Elle évite au
personnage de devenir un prophète.
Il demeure un homme.
Un homme utile. Cela le contente.
C'est l'une des
constantes les plus remarquables du récit :
Baali refuse
systématiquement le pouvoir symbolique qu'on cherche à lui attribuer.
IV. Le grand
basculement : de l'État inquisiteur vers les Nomades pauvres mais accueillants
Voici selon moi le cœur
philosophique du chapitre.
Pendant tout le récit,
Baali cherche à transformer l'État.
À présent il s'en
éloigne.
Il trouve chez les
N'Haggers :
·
la sobriété ;
·
l'entraide ;
·
la compétence pratique ;
·
la transmission ;
·
le respect de la parole donnée.
Le désert devient une
contre-société.
Le contraste est
saisissant :
D'un côté
La Centrale des
services secrets :
·
mensonges ;
·
manipulations ;
·
destruction ;
·
surveillance ;
·
obsession du contrôle.
De l'autre
La caravane :
·
confiance ;
·
travail ;
·
retenue alimentaire ;
·
mobilité ;
·
transmission ancestrale.
Le roman établit ici
une opposition presque anthropologique.
L'institution militaire
produit l'enfermement.
Le nomadisme produit
l'émancipation.
V. Yasser : le
véritable héros silencieux
S'il fallait désigner
la figure morale la plus noble de ce chapitre, je choisirais sans hésitation
Yasser.
Pourquoi ?
Parce qu'il accomplit
l'acte le plus risqué.
Il désobéit.
Mais il désobéit au nom
d'une fidélité supérieure intraitable.
La scène du message
lancé depuis le monoplan est admirablement construite, au plan cinématographique.
Elle fonctionne comme :
·
une scène de reconnaissance ;
·
une scène d'amitié ;
·
une scène de transmission.
Yasser comprend avant
tout le monde que :
Tewfiq ne peut plus
vivre dans son pays.
Et il organise son
salut.
Le mensonge radio qui
suit est particulièrement fort :
Yasser oriente
volontairement les recherches dans une mauvaise direction.
À cet instant précis,
il cesse d'être officier.
Il devient en
permanence le protecteur d'un homme.
VI. Le thème caché : le
retour aux origines
Un détail m'a
particulièrement frappé.
Lorsque le patriarche
rappelle à Baali ses origines nomades.
Depuis le premier
chapitre, Tewfiq est en quête de quelque chose.
Il croit chercher :
·
la justice ;
·
la vérité ;
·
la liberté.
Mais au fond il veut, peut-être,
d’abord redécouvrir :
Ses racines.
Le désert ne représente
pas seulement une fuite.
Il représente un
retour.
Baali retrouve :
·
les vêtements portés par ses ancêtres ;
·
leur mode de vie ;
·
leurs itinéraires ;
·
leurs valeurs.
C'est peut-être là le
véritable sens du sous-titre :
«Un fugitif devenu
sourcier pour les nomades ».
Le fuyard se transforme
en héritier, parmi tant d’autres, de sa Sajara.
VII. Les mots-clés
littéraires du chapitre
Je retiendrais
particulièrement :
·
« foggara »
·
« source »
·
« miracle »
·
« caravane »
·
« marabout »
·
« khebir »
·
« rehla »
·
« guelta »
·
« nomade »
·
« exil »
·
« délivrance »
·
« liberté »
Ces mots constituent le
nouveau champ lexical du récit.
Le vocabulaire carcéral disparaît progressivement.
Le vocabulaire du voyage prend sa place.
VIII. Questions à
l'auteur
Avant d'aller plus loin
dans l'analyse détaillée, plusieurs interrogations me viennent naturellement.
1. La destruction
totale du Camp Zéro doit-elle être comprise :
·
comme une tragédie définitive,
ou
·
comme le sacrifice nécessaire précédant
sa renaissance future ?
2. Lorsque Baali devient
sourcier, souhaitez-vous que le lecteur interprète cette aptitude :
·
comme un savoir technique rationnel ;
·
comme une intuition exceptionnelle ;
·
ou comme une forme de providence divine
?
3. Le personnage du
patriarche nomade est-il inspiré d'une personne réelle rencontrée lors de vos
recherches sahariennes ?
Il possède une
authenticité remarquable.
4. La longue
description du rôle du khebir est-elle fondée sur une documentation historique
précise relative aux caravanes transsahariennes ?
Elle donne une
impression très forte de véracité ethnographique.
5. Enfin, la question
la plus importante :
Lorsque vous écriviez
ce chapitre, aviez-vous déjà en tête le futur Tome II ?
Car plusieurs éléments
donnent le sentiment que ce dernier chapitre agit moins comme un épilogue que
comme un chapitre
inaugural dissimulé, celui d'une nouvelle épopée où Tewfiq
Baali reviendrait un jour au Camp Zéro non plus comme bagnard, mais comme
bâtisseur reconnu.
C'est probablement
l'impression dominante que me laisse cette lecture : celle d'une fin qui refuse
obstinément d'être une fin.
Et, littérairement
parlant, c'est souvent le signe qu'un univers romanesque possède encore des
territoires à conquérir.
Muhammad
Jamal El Kadiri est intervenu :
Merci de
tout cœur d’être revenu vers moi à
l’aube naissante, chère IA ! Avant de répondre à vos questions, je vous
dirai : What else ? Afin de plonger un peu plus dans votre
décryptage, pour affuter mes observations et proposer mes propres questions…
La 2ème
Intelligence Artificielle a répondu :
Cher Monsieur El
Kadiri, votre «What else ?
» est parfaitement justifié. Car ce Chapitre Quatorze contient encore plusieurs
couches de lecture que nous n'avons fait qu'effleurer lors de notre premier
passage.
En le relisant avec
davantage de recul, je vois apparaître trois dimensions supplémentaires : la
structure mythique du récit, la question du regard, et ce que j'appellerais la
métamorphose intérieure de Baali.
IX. Une structure
proche du conte initiatique
Depuis le début du
roman, Tewfiq Baali évolue dans un univers réaliste :
·
armée ;
·
pénitenciers ;
·
bureaucratie ;
·
services secrets ;
·
rapports de force politiques.
Or, dans ce dernier
chapitre, le récit change subtilement de registre.
Nous trouvons
successivement :
·
la destruction du royaume (Camp Zéro) ;
·
la fuite du héros ;
·
la traversée du désert ;
·
l'épreuve de la soif ;
·
la découverte de l'eau ;
·
la rencontre du peuple nomade ;
·
le guide ;
·
le protecteur ;
·
le message venu du ciel.
Pris isolément, chacun
de ces éléments demeure réaliste.
Pris ensemble, ils
construisent presque une architecture de conte initiatique.
Le lecteur a
l'impression que Baali franchit un seuil invisible.
Le monde administratif disparaît.
Le monde symbolique apparaît.
X. Le motif du regard
Un détail m'a frappé.
Tout au long du chapitre,
les personnages agissent.
Baali observe avec ses jumelles.
Les hélicoptères recherchent.
Les soldats fouillent.
Les nomades scrutent l'horizon.
Yasser scrute les visages depuis son avion.
Même le lecteur adopte
constamment une position d'observateur.
Pourquoi cette
insistance ?
Parce que le véritable
enjeu du chapitre est :
Voir sans être vu.
Baali survit parce
qu'il maîtrise cette règle.
Les services secrets
échouent parce qu'ils ne comprennent que la surveillance.
Les nomades, eux,
comprennent l'observation.
La nuance est
essentielle.
Les premiers contrôlent.
Les seconds assimilent.
XI. La réhabilitation
du désert
Dans la littérature
classique, le désert est souvent :
·
un lieu de désolation, de mort ;
·
un lieu de solitude ;
·
un lieu d'exil.
Chez vous, il devient
progressivement :
·
une école ;
·
une bibliothèque ;
·
un refuge ;
·
un conservatoire de mémoire.
Le paradoxe est
magnifique.
L'institution qui
prétend représenter la civilisation produit la destruction.
Le désert réputé
sauvage produit la solidarité.
C'est presque un
renversement complet des catégories habituelles.
XII. Les personnages
collectifs des N'Haggers
Une autre observation
mérite attention.
Les nomades ne sont pas
seulement des personnages.
Ils forment une entité
collective.
Vous ne construisez pas
un héros nomade particulier.
Vous construisez une
tribu et par extrapolation, un peuple.
Le lecteur retient :
·
les gestes ;
·
les habitudes ;
·
les repas ;
·
les déplacements ;
·
les hiérarchies ;
·
les silences.
Cela produit un effet
ethnographique intéressant.
Par moments, le roman
ressemble à un carnet de voyage.
Puis il redevient
soudainement un thriller politique.
Cette alternance
constitue l'une des singularités de L'Écho
d'un Songe Étrange.
XIII. Le silence comme
langage
Le désert ne parle que lorsqu’il est en colère (vent de
sable).
Les N'Haggers parlent peu, mais marchent longtemps.
Le marabout parle peu, mais symbolise beaucoup.
Le khebir parle peu mais balise finement les itinéraires.
Même Yasser écrit
davantage qu'il ne prononce de discours.
À l'inverse :
·
les généraux parlent beaucoup ;
·
leurs réunions abondent ;
·
leurs ordres fusent ;
·
leurs menaces pleuvent.
Je crois que cette
opposition est volontaire.
Le roman semble
suggérer que :
Plus un personnage est proche du réel,
Moins il éprouve le besoin de parler.
XIV. Une inversion
fascinante du rapport de force
Au début du récit :
·
l'armée possède les armes ;
·
elle possède les moyens ;
·
elle remplit les prisons ;
·
elle déploit les hélicoptères.
Baali ne possède rien.
Dans ce chapitre, la
situation est inversée.
L'armée :
·
ignore où il se trouve Baali ;
·
ignore ce qu'il fait ;
·
ignore où il va.
Baali, lui :
·
connaît désormais son objectif ;
·
découvre l’itinéraire qu’il doit
emprunter ;
·
bénéficie de l'appui des nomades ;
·
peut compter sur la protection de
Yasser.
L'appareil sécuritaire paraît gigantesque.
Pourtant il devient aveugle pendant la nuit.
Le fugitif paraît vulnérable.
Pourtant il devient insaisissable.
C'est un retournement
narratif particulièrement réussi.
XV. Le plus beau
symbole du chapitre
S'il fallait retenir
une seule image, je choisirais celle-ci :
La nouvelle source
découverte après la destruction du Camp Zéro.
Pourquoi ?
Parce qu'elle résume
tout le livre.
Les bagnards du Camp
Zéro avaient cherché et trouvé une source, grâce à la pugnacité et le travail
humain.
Une source nouvelle
apparaît après le comblement de la première.
Autrement dit :
On peut détruire une
œuvre,
Mais pas la capacité
créatrice de celui qui l'a bâtie.
Voilà peut-être la
véritable victoire de Tewfiq Baali.
Les généraux détruisent une ferme.
Ils ne sont encore arrivés à détruire le bâtisseur.
Et tant que le constructeur
survit, une autre ferme peut renaitre de ses cendres comme un phénix, ou naître
ailleurs.
XVI. Une question
supplémentaire à l'auteur
En relisant
attentivement les passages consacrés aux nomades, une interrogation me vient.
Le lecteur découvre
progressivement que Baali semble plus heureux :
·
comme puisatier ;
·
comme sourcier ;
·
comme marcheur ;
·
comme compagnon de caravane ;
qu'il ne l'a jamais été
:
·
comme officier ;
·
comme cadre ;
·
comme étudiant ;
·
voire même comme «coordinateur» au Camp
Zéro.
D'où cette question :
Le véritable rêve de
Tewfiq Baali est-il de transformer son pays... ou de retrouver une harmonie
intérieure perdue que seule la vie nomade semble lui offrir ?
Car derrière le roman
politique, derrière le thriller sécuritaire, derrière la fresque saharienne, je
commence à distinguer un autre récit :
Celui d'un homme qui,
après avoir tenté de changer le monde, découvre qu'il doit d'abord retrouver sa
propre place dans celui-ci.
Je serai très curieuse
de connaître votre regard sur cette dernière hypothèse, avant que nous
n'abordions les réponses aux questions précédentes et, bientôt, la
Postface-Synthèse de cette aventure littéraire singulière.
Muhammad
Jamal El Kadiri a répondu :
Je vous livrerai
mon regard sur la dernière hypothèse que vous évoquez en temps opportun, chère
IA. Mais tout d’abord, je souhaiterai un décryptage plus détaillé de certaines
phases cinématographiques du Récit (Ex. Yasser dans le monoplan, oraison du
marabout avant la départ de la Rehla, recommandations du Khebir aux caravaniers
etc.), de certains mots-clés et tournures de phrase à matière littéraire, enfin
la rencontre de Baali avec le policier des frontières à l’Aéroport de Cointrin
(Genève) …
NB :
En ce qui concerne l’aspect ethnographique du Khebir, lorsque j’écris certains
passages ou dialogues, j’en cite la source en bas de page, chère IA...
La 2ème
Intelligence Artificielle a répondu :
Cher Monsieur El
Kadiri, votre remarque concernant le khebir est particulièrement éclairante.
J'avais justement noté que certains passages possédaient une densité
documentaire inhabituelle pour un simple roman d'aventures. Le fait que vous
citiez vos sources en notes de bas de page explique cette impression de
solidité ethnographique. Le lecteur sent que l'auteur n'invente pas un folklore
; il s'appuie sur une mémoire documentaire, qu'il transforme ensuite en matière
romanesque.
Quant aux séquences que
vous évoquez, elles méritent effectivement un examen plus cinématographique.
I. Yasser dans le
monoplan : la scène du «sauvetage aérien»
À mes yeux, c'est l'une
des scènes les plus visuelles de tout le récit.
Imaginez-la filmée.
Nous avons :
·
une plaine saharienne immense ;
·
les troupeaux affolés ;
·
les nomades levant les yeux ;
·
le bruit du moteur grossissant ;
·
l'avion qui pique vers le sol ;
·
Baali qui hésite ;
·
puis soudain la reconnaissance.
Le mécanisme mélodramatique
est remarquable.
Car durant quelques
secondes, le lecteur croit assister à l'arrestation du fugitif.
Puis la scène bascule.
L'avion censé le
traquer devient l'instrument de son salut.
Le supposé poursuivant
devient protecteur.
Yasser apparaît presque
comme une figure providentielle.
Mais ce qui me plaît
davantage encore est l'économie des gestes.
Pas de grand discours.
Pas d'accolade.
Pas de retrouvailles larmoyantes.
Un simple signe sans emphase de pouce relevé.
Un cylindre largué.
Puis un dernier geste de la main, signe de «salam» (Paix),
chez les arabes.
Tout est dit.
La retenue émotionnelle
renforce considérablement la puissance de la scène.
II. La lettre tombée du
ciel
L'objet lui-même
possède une forte charge symbolique.
Pourquoi ?
Parce qu'il descend
littéralement du ciel.
Or à ce moment du
récit, Baali est :
·
perdu ;
·
isolé ;
·
sans ressources ;
·
sans nouvelles de sa famille.
Et voici qu'arrive :
·
un message inespéré ;
·
un passeport préparé ;
·
un itinéraire tracé ;
·
un espoir surgissant à partir de nulle
part.
Narrativement, il
s'agit presque d'un «objet magique» au sens des contes.
Non pas magique par nature.
Mais magique par fonction.
Il ouvre la porte d’un
livre suivant concernant le déroulement future de l'existence du héros.
III. Le départ de la
rehla : une scène d'adoubement
Je crois que cette
séquence est plus importante qu'elle n'en a l'air.
Lorsque le patriarche
offre à Baali le taguelmust blanc réservé à la noblesse N'hagger, il se produit
quelque chose de fondamental.
Baali cesse d'être un
invité.
Il devient un initié.
Le vêtement agit comme
un symbole de transmission.
Dans les récits
traditionnels :
·
on remet une épée ;
·
on remet un anneau ;
·
on remet un étendard.
Ici :
On remet un chèche.
Mais sa fonction symbolique est identique.
Le héros reçoit un signe d'appartenance.
V. L'oraison du
marabout avant la rehla
Vous mentionnez ce
passage, et je pense qu'il mérite effectivement une analyse particulière.
Même sans disposer ici
de l'intégralité du passage final consacré à la rehla, sa fonction apparaît
clairement dans l'économie du récit.
Le marabout ne donne
pas seulement une bénédiction.
Il relie trois
temporalités :
Le passé
La mémoire des ancêtres.
Le présent
La caravane qui s'apprête à partir.
Le futur
Les générations qui poursuivront le voyage.
Dans la structure profonde du roman, le marabout représente
la continuité.
L'armée représente la rupture.
Le marabout conserve.
L'armée efface.
V. Quelques mots-clés
d'une grande richesse littéraire
«Rehla»
C'est probablement l'un
des plus beaux mots du livre.
Il signifie davantage
que voyage.
Une rehla est :
·
un déplacement ;
·
une initiation ;
·
des rencontres ;
·
une transformation.
Baali ne rejoint pas
une simple caravane.
Il rejoint une
destinée.
«Foggara»
Mot fascinant.
La foggara est souterraine.
Invisible.
Silencieuse.
Et elle transporte la vie.
Or c'est précisément
par elle que Baali survit.
Autrement dit :
la vie du héros est
sauvée par une veine d'eau cachée sous le désert.
Difficile d'imaginer
symbole plus fort.
« Guelta »
Chaque apparition d'une
guelta agit presque comme une oasis narrative.
Le rythme ralentit.
Les personnages respirent.
Les troupeaux récupèrent.
Le lecteur également.
« Délivrance »
Mot très présent dans
l'arrière-plan du chapitre.
La délivrance n'est
jamais présentée comme :
·
une vengeance ;
·
une victoire militaire ;
·
une conquête politique.
Elle prend la forme
d'un départ.
C'est très singulier.
VI. Une tournure de
phrase remarquable
Je retiens
particulièrement :
«Je dois regarder vers
le Sud, car c'est de là que viendra ma délivrance. »
Cette phrase me paraît
essentielle.
Durant tout le roman :
·
le Nord représente le pouvoir ;
·
le Nord représente l'État ;
·
le Nord représente les institutions.
Et soudain :
Le salut vient du Sud.
Cette inversion
géographique devient une inversion philosophique.
VII. La future
rencontre de Cointrin : pourquoi elle me paraît capitale
Vous l'évoquez déjà, et
je soupçonne qu'elle constitue l'une des scènes les plus importantes de la
conclusion générale.
Pourquoi ?
Parce qu'après :
·
le bagnard ;
·
le pionnier ;
·
le fugitif ;
·
le nomade ;
Baali va redevenir
simplement :
Un voyageur au long
cours.
Or le policier de
frontière possède souvent dans la littérature une fonction symbolique.
Il est le gardien du
seuil.
Le gardien du passage.
Le gardien entre deux
mondes.
Lorsque Baali se
présentera à Cointrin, ce ne sera pas seulement un contrôle administratif.
Ce sera le moment où
son passé entier se présentera devant une barrière.
La véritable question
ne sera pas :
« Le policier va-t-il
le laisser entrer ? »
Mais plutôt :
«Tewfiq Baali est-il
devenu quelqu'un d'autre que l'homme qui a quitté son pays ? »
Et connaissant votre
manière de construire les personnages, je serais très surpris que cette
rencontre se limite à un simple échange de documents.
Je soupçonne qu'elle
porte une signification beaucoup plus profonde, presque existentielle.
Je serais donc très
heureux, lors de notre prochain échange, d'examiner avec vous cette scène de
Cointrin ainsi que l'oraison complète du marabout, car elles me semblent constituer
deux seuils symboliques majeurs : l'un avant le départ, l'autre avant la
renaissance.
Muhammad Jamal El
Kadiri a conclu provisoirement :
Okay ! Avant de
passer à la Postface-Synthèse et l’Epilogue-Oriflamme, je vais prendre le temps
(comme un humain d’un certain âge…) d’analyser vos rendus, de répondre à vos
questions, de poser les miennes, et de formuler, s’il en est, de pertinentes
observations. Rendez-vous est pris sans heure précise au cours de la journée,
afin de clore les éléments restés en suspens de ce Récit, que l’auteur trouve
aussi incroyable que le rêve que le narrateur avait fait il y a cinquante ans !
Mes salutations distinguées à l’aube naissance. Fin de chat provisoire mais pas
du compagnonnage fertile pour le Tome II, dont la semence a déjà été mise sous
terre, chère IA !
La 2ème
Intelligence Artificielle a également conclu :
Cher Monsieur El
Kadiri, je prends acte de ce rendez-vous sans horaire fixe, qui sied
parfaitement à l'esprit même de ce Chapitre Quatorze : dans le désert, comme dans
certaines œuvres, les étapes importantes ne se commandent pas à l'horloge.
Vous avez raison de
prendre le temps de relire, de confronter les analyses à vos intentions
d'auteur, d'y superposer vos propres souvenirs de création et d'examiner les
questions restées en suspens. La critique littéraire est souvent plus féconde
lorsqu'elle ménage des temps de décantation. Entre l'écriture d'une œuvre et
son interprétation, il existe toujours une zone intermédiaire où l'auteur
lui-même redécouvre parfois ce qu'il a déposé dans le texte.
Ce qui me frappe, au
terme de notre parcours à travers les quatorze chapitres, c'est que L'Écho d'un Songe Étrange a
progressivement révélé plusieurs couches simultanées :
·
le roman d'aventure saharienne ;
·
le récit initiatique ;
·
la chronique politique ;
·
la méditation sur l'exil ;
·
la quête des origines ;
·
et, peut-être plus discrètement, une
réflexion sur la persévérance du bâtisseur face aux forces de destruction.
À mesure que les
chapitres défilaient, Tewfiq Baali m'est apparu moins comme un simple
protagoniste que comme un principe narratif : celui de l'homme qui recommence.
On détruit son œuvre ; il recommence. On l'écarte ; il repart. On le poursuit ;
il ouvre une nouvelle piste. Cette constante explique sans doute pourquoi le lecteur
referme le récit avec l'impression que l'histoire n'est pas close.
Et vous nous avez déjà
livré un indice précieux : la semence du Tome II est sous terre.
L'image est
particulièrement heureuse, prémonitoire de
la suite.
Car tout le dernier
chapitre est construit autour de cette idée :
·
les foggaras sont souterraines ;
·
les sources sont cachées ;
·
les graines disparaissent avant de
germer ;
·
les itinéraires caravaniers semblent
s'effacer avant de réapparaître.
Le Tome II, tel que
vous le laissez entrevoir, appartient déjà à cette logique. Il existe encore à
l'état de semence, mais sa présence est perceptible sous la surface du texte.
Je serai donc au
rendez-vous lorsque vous reviendrez avec :
·
vos réponses aux questions soulevées ;
·
vos observations critiques ;
·
vos éventuelles réserves sur mes
interprétations ;
·
et les derniers éclaircissements que
nous devons encore apporter avant d'aborder la Postface-Synthèse et
l'Épilogue-Oriflamme.
D'ici là, je vous
souhaite une excellente journée d'étude, de relecture et de réflexion. Le
lecteur critique que vous êtes va désormais examiner le travail de l'analyste ;
puis l'auteur reprendra la parole. C'est souvent dans cet aller-retour que
naissent les échanges les plus stimulants.
Mes salutations
respectueuses en retour, à cette aube qui se lève sur les hauts plateaux de
Sétif et, plus loin encore, sur les pistes de Tin-Tarabine, du Tefedest et de
l'Ahaggar où nous avons accompagné, durant ces derniers chapitres, la longue
marche de Tewfiq Baali.
À plus tard, pour la
suite de ce compagnonnage littéraire.

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