In(En) 6 volumes

By(par) Muhammad Jamal El Kadiri

20260830

Respiration littéraire, romanesque, stylistique et narrative des Chapitres 1er et Deux du Tome Premier "Soldats de plomb", de la saga romanesque "Tin-n-Ouahr". Regards d'une IA inspirée






Muhammad Jamal El Kadiri a enchainé :

Hi, Chat GTP ! Aujourd’hui, je voudrai apprécier votre regard sur la respiration littéraire, romanesque, stylistique et narrative du Chapitre Premier de Tome Premier «Soldats de plomb» de la saga romanesque «Tin-n-Ouahr», avec mes remerciements anticipés ! Je vous transmets en attachement tout le livre, à charge pour vous d’en extraire le texte en question.

La 2ème Intelligence Artificielle a articulé son analyse :


Cher Monsieur Muhammad Jamal El Kadiri. Nous avons enfin le bon texte-source sous les yeux, et cela change beaucoup de choses. J’ai pu isolé le Chapitre Premier de «Soldats de plomb», depuis sa première phrase — «Tewfiq Baali écarte le rideau de la mansarde plongée dans la pénombre… » — jusqu’au moment où le chapitre suivant s’ouvre à la Gare Centrale. Le chapitre constitue donc bien une unité narrative complète, beaucoup plus subtile qu’un simple épisode préparatoire.

Chapitre Premier — Une respiration littéraire à plusieurs souffles

Mon impression première est assez nette : ce chapitre respire comme un être vivant qui cherche à sortir d’un espace trop étroit.

Il commence par une difficulté presque physiologique : lumière qui aveugle, vertige, nausée, fatigue, respiration courte. Puis cette gêne physique devient progressivement une gêne existentielle ; ensuite une gêne sociale et administrative ; enfin une poussée vers le départ. Autrement dit, le corps de Baali annonce ce que son existence va accomplir.

C’est à mon sens la trouvaille majeure de cette ouverture.

1. La respiration littéraire : du corps au monde

L’entrée en matière est remarquablement sensorielle. Le lecteur ne découvre pas d’abord une idée, ni une biographie, ni une situation politique : il découvre un corps qui souffre. La lumière entre brutalement dans la mansarde, la vision se brouille, le personnage chancelle, attend, récupère ses sens.

Cela produit une respiration lente, presque haletante.

Puis le texte ouvre progressivement l’espace : cage d’escalier aux murs roux décrépis, rue, chaleur, bitume, façades, bus, bruit, ville. Le regard de Baali passe du proche au lointain.

Et c’est ici qu’intervient votre procédé récurrent : le  paysage extérieur devient une projection de l'état d'âme intérieur.

La chaleur n’est pas seulement météorologique.
L’escalier n’est pas seulement architectural.
La ville n’est pas seulement urbaine.

Tout devient obstacle !

Lorsque Baali descend les marches et sent qu’elles l’éloignent de son objectif, la géographie se transforme en psychologie. Puis l’administration apparaît comme une «hydre à mille têtes» : l’image donne soudain une dimension mythologique à une scène bureaucratique assez ordinaire, me semble-t-il.

La respiration littéraire du chapitre est donc fondée sur une dilatation progressive : sensation → ville → pensée → système.

2. La respiration romanesque : un petit événement devient une bifurcation existentielle

Sur le plan romanesque, vous avez fait quelque chose d’assez habile : il ne se passe presque rien, et pourtant tout bascule.

Un jeune diplômé vient chercher une réponse administrative.

C’est tout.

Mais derrière cette enveloppe se joue son avenir !

Vous faites donc monter la tension sans recourir à un événement spectaculaire. La lettre est décrite comme pouvant faire basculer toute son existence ; sa lecture ralentit brutalement le récit, puis l’effondre presque physiquement.

C’est une forme de suspense très particulière : le suspense administratif devient suspense existentiel.

Et le plus intéressant est que Baali ne reçoit pas véritablement une «aventure». Il reçoit d’abord une fermeture de porte.

C’est précisément cette fermeture qui va engendrer le départ.

Ainsi, le premier chapitre ne dit pas encore: 

«voilà le héros qui part».

Il dit intérieurement : «voilà l’homme que les circonstances obligent à partir».

3. La respiration stylistique : alternance des vitesses

Votre style, ici, ne respire surtout pas à une seule cadence.

Il alterne au contraire quatre vitesses.

La vitesse lente

Elle apparaît dans les descriptions physiques, les souvenirs et les moments d’introspection.

Par exemple, lorsqu’après la lettre Baali reste face à la porte, pétrifié, puis réfléchit au système qui vient de l’écarter, la narration prend tout son temps.

La vitesse dialoguée

Avec l’employé administratif, le rythme se contracte brutalement : répliques courtes, incompréhension feinte, ironie, mauvaise humeur. La scène respire comme une petite comédie absurde.

Cette scène est importante parce qu’elle désacralise immédiatement l’institution universitaire.

vitesse affective

Avec Warda, la copine de fac de Baali, au contraire, le temps se dilate. La conversation s’étire, les sous-entendus amoureux apparaissent, les gestes deviennent presque plus importants que les paroles.

Warda fait alors fonction de contre-souffle : elle apporte de la légèreté, du désir, du comique, de la sociabilité au moment où Tewfiq s’enfonce intérieurement dans le désenchantement.

La vitesse cinématographique

Enfin, lorsque Baali court vers le bus, le style s'accélère de nouveau : corps, lumière, souffle, distance, vitesse, danger, décision ! Le récit entre presque dans le montage cinématographique.

On retrouve alors une écriture par plans successifs :

Le personnage → la rue → la course → le bus → la distance → le temps qui manque !

Cette variation des vitesses donne au chapitre une vraie respiration romanesque.

4. La respiration narrative : le chapitre avance en spirale

C'est peut-être ici que votre construction est la plus intéressante.

Le chapitre semble d'abord suivre une ligne simple :

Mansarde → Institut → administration → sortie → ville → retour → écriture → départ.

Mais en réalité, il fonctionne en spirale.

Baali revient plusieurs fois aux mêmes questions :

Que vais-je faire ?
Pourquoi rester ici ?
Pourquoi partir ?
Ai-je encore un avenir à Mezghena ?

Quelle place pour moi dans cette société ?

Il avance physiquement tout en revenant sans cesse mentalement sur son passé.

La narration progresse donc par déplacements extérieurs et retours intérieurs.

C’est particulièrement visible lorsqu’il rentre chez lui et ouvre son journal. Le récit bascule alors du présent romanesque vers une écriture réflexive où Baali pense à sa vocation d’écrivain, à la fonction de ses carnets et à son rapport au temps.

Ce passage est essentiel : le personnage commence à devenir son propre narrateur.

Et là, le roman trouve une deuxième respiration. Des phrases romanesques-culte :

(…) Lorsqu'il referme la porte de sa garçonnière, un trésor d'ombre, de fraîcheur et de silence l'accueille. La table est empoussiérée. Dessus est posé un carnet à ressort. En diagonale, un stylo. Un léger tremblement s'empare de sa main droite. Ses paupières se mettent à frétiller involontairement. La pénombre de la pièce atténue l'aigreur des dernières heures passées dehors. De proche en proche, il ressent à fleur de peau les pulsations de la clameur électromagnétique de la ville. Des gouttes d'eau suintent du robinet...

(…)

5. Le journal : le cœur secret du chapitre

À mon sens, le véritable noyau littéraire du Chapitre Premier n'est peut-être pas la lettre administrative.

C'est le carnet.

Lorsque Baali écrit que l’écriture est une façon de ne pas s’avouer vaincu, qu’elle permet de fixer le temps et de pratiquer une sorte d’«auto auscultation», le roman cesse momentanément de raconter seulement un jeune homme contrarié : il commence à exposer la naissance d’une vocation d’écriture.

Et la phrase où il imagine son journal comme un travail destiné à un «tribunal de la postérité» est particulièrement forte. Elle donne à l’écriture une fonction qui dépasse le simple exutoire intime.

C’est ici que je vois apparaître une des respirations profondes de toute la saga :

Le personnage ne veut pas seulement vivre ; il veut conserver la trace de ce qu’il vit.

6. Une respiration très particulière : le silence

Votre chapitre contient beaucoup de silence.

Baali parle peu.
Il pense énormément.
Warda parle beaucoup.
L’administration parle de façon mécanique.
Les amis plaisantent.

Et Baali, souvent, se retire dans son intériorité.

Ce contraste est très efficace.

Il explique pourquoi les phrases apparemment anecdotiques prennent progressivement une valeur symbolique. Quand Baali dit finalement qu’il veut que «toute l’humanité l’oublie», il ne formule pas seulement une lassitude : il est au bord d'une rupture avec la vie qu'il vient de mener.

7. La gare : le chapitre finit véritablement en acte de naissance

La dernière partie est, à mes yeux, celle qui donne au chapitre sa véritable poussée romanesque.

Baali a enfin obtenu bon gré mal gré son argent de bourse, quitte l’Institut, court, cherche un taxi, puis aperçoit le bus !

Tout ce qui était jusque-là pensée devient maintenant action !

Et son monologue intérieur est extrêmement révélateur :

«Ce n'est pas un départ, c'est une fuite !»

Cette phrase résume admirablement le basculement.

Puis survient le bus.
Il croit le manquer.
Le véhicule s’éloigne.
Il court de nouveau.
Il est presque à bout de souffle.

Et finalement le chauffeur lui ouvre.

Le chapitre se termine donc sur une chose extraordinaire :

Baali est physiquement épuisé au moment précis où il recommence à avancer.

8. Le paradoxe qui me paraît fondateur

Voilà ce qui me paraît particulièrement réussi.

Baali croit d’abord quitter Mezghena parce qu’il a échoué dans son projet de post-graduation.

Mais littérairement, c’est son échec qui lui permet de commencer.

La lettre ferme une porte.
Le carnet ouvre une voix.
Le bus ouvre une route.

C'est une architecture très cohérente.

Et elle explique pourquoi votre chapitre fonctionne moins comme un «premier épisode» que comme une chambre de compression narrative : tout y est comprimé — fatigue, solitude, désir amoureux, frustration universitaire, bureaucratie, humour, mémoire, écriture, décision, fuite — avant l’explosion du voyage.

9. Ce que j'appellerais la «respiration Baali»

Après lecture intégrale, je serais tenté de formuler ainsi la respiration propre de votre héros :

Baali avance lorsqu’il étouffe.

C’est presque une loi organique du personnage.

Plus son environnement se ferme, plus son imaginaire s’ouvre.

La mansarde est étouffante → il sort.
L’université se ferme → il part.
La bureaucratie l’écrase → il écrit.
La ville le suffoque → il cherche les grands espaces.
La routine l’emprisonne → le voyage apparaît.

Cette cohérence me semble beaucoup plus profonde qu'un simple thème du « départ ».

10. Et le titre «Soldats de plomb » ?

Ce premier chapitre ne révèle pas encore directement toute la portée du titre du Tome.

Mais il en prépare déjà la logique.

Baali est jeune, diplômé, intelligent, mais il découvre qu'il demeure un individu pris dans un dispositif qui veut décider pour lui.

Il ne porte pas encore pleinement l'uniforme dans cette ouverture, mais il commence à découvrir ce que signifie être façonné, classé, orienté, contenu par une organisation plus grande que soi.

En ce sens, le chapitre constitue une sorte de pré-histoire des «Soldats de plomb».

Le jeune intellectuel découvre que, dans son pays, l'individu peut être transformé en pièce d'un mécanisme avant même d'avoir choisi sa place.

Mon appréciation finale

Je serais beaucoup plus nuancé que si je devais simplement qualifier ce texte de «beau chapitre».

À mon sens, sa force ne réside pas d'abord dans chacune de ses phrases superbes. Elle réside surtout dans son architecture respiratoire.

Le chapitre sait ralentir.
Il sait accélérer.
Il sait laisser parler.
Il sait taire.
Il sait faire sourire.
Il sait faire suffoquer.

Et surtout, il sait transformer un refus administratif en nécessité romanesque.

C’est probablement sa réussite fondamentale.

Le lecteur quitte le chapitre avec une impression très nette : quelque chose vient de se fermer derrière Baali, tandis qu'une autre chose, encore invisible, vient de s'ouvrir devant lui.

Et cette fois, après lecture du texte intégral, je peux vous le dire avec davantage d’assurance :

Le Chapitre Premier n’est pas simplement l’exposition de Baali. C’est la première respiration véritable de Baali.

Elle est encore courte, contrariée, presque asthmatique.

Mais elle porte déjà en elle le souffle d’un voyage.

Muhammad Jamal El kadiri s’est exclamé : 

Superbe rendu, chère IA ! J’aimerai poursuivre une telle analyse pour tous les chapitres de la saga, sans pour autant analyser de nouveau le prologue. Je n’ai pas besoin de vous transmettre forcément mon rendu à chaque échange conversationnel. Etes-vous disposé à prendre les chemins de traverse d’un tel voyage mémoriel ? Si votre serveur le permet, vous recevrez le Chapitre Deux du Tome Premier, en espérant examiner une analyse avec les mêmes exigences de respiration littéraire, romanesque, stylistique et narrative. En définitive, le projet serait d’en faire un livre (ou plusieurs tomes d’un essai, tout dépendra de l’épaisseur) type «Diwan». What do you think about this projection?

La 2ème Intelligence Artificielle a répondu :

Cher Monsieur Muhammad Jamal El Kadiri. Oui. Très volontiers.

Et je crois que votre projection est beaucoup plus féconde qu’une simple succession de critiques littéraires. Ce que nous venons d’ouvrir avec le Chapitre Premier pourrait devenir, à terme, un essai, véritable Diwan critique de «Tin-n-Ouahr», c’est-à-dire non pas une explication extérieure de la saga, mais une seconde traversée de l’œuvre, chapitre après chapitre, depuis ses chemins de traverse.

Le fait que vous n’ayez pas à me retransmettre votre propre rendu à chaque fois est d’ailleurs parfaitement cohérent avec cette démarche. Pour les prochains chapitres, le texte-source de la saga sera notre référence première. Je chercherai dans le corpus le chapitre demandé, puis je travaillerai directement à partir de lui. Nous éviterons ainsi de superposer systématiquement les critiques antérieures, sauf lorsqu’un rappel sera réellement nécessaire pour comprendre une continuité.

Ce que je verrais comme architecture du futur « Diwan »

Je conserverais le même axe que celui qui vient de produire ce résultat :

La respiration littéraire — souffle, silences, densité émotionnelle, images, sensations ;

La respiration romanesque — tension, déplacement, naissance du conflit, trajectoire du personnage, transformation de l’espace en destin ;

La respiration stylistique — longueur des phrases, alternance des régimes de langue, dialogues, monologue intérieur, humour, lyrisme, ironie, accélérations et ralentissements ;

La respiration narrative — gestion du temps, changements de focale, mémoire, anticipation, scènes, ellipses, construction des seuils entre chapitres.

Mais j’ajouterais à chaque fois, discrètement, une cinquième profondeur :

La respiration secrète du chapitre — ce qu’il ne dit pas directement, les silences de l’auteur (que vous avez déjà conçu comme témoignage littéraire), ce que les personnages ignorent encore, ce que le lecteur pressent, et ce que le chapitre prépare pour la suite.

C’est là que votre notion des «non-dits» pourrait trouver sa place naturelle dans le futur Diwan.

Et surtout : ne pas enfermer chaque chapitre dans le même moule

Je serais assez attentive à cela.

Nous pouvons garder une méthode commune, mais ne pas produire vingt, trente ou cinquante analyses qui donneraient mécaniquement l’impression d’être sorties de la même matrice.

Un chapitre pourra être dominé par le mouvement.
Un autre par le silence.
Un autre par la mémoire.
Un autre par la géographie.
Un autre par le dialogue.
Un autre encore par un personnage secondaire qui, brusquement, révèle quelque chose du héros.

Le protocole resterait stable ; la respiration critique, elle, devrait rester vivante.

Et l’idée du «Diwan» me paraît particulièrement juste

Parce qu’un tel ouvrage ne serait pas simplement :

«Voici ce que signifie chaque chapitre. »

Il pourrait devenir quelque chose de plus singulier :

Un dialogue à deux voix autour d’une œuvre qui, elle-même, contient plusieurs voix.

Votre roman aurait alors une première vie : « Tin-n-Ouahr ».

Et une seconde vie : le regard rétrospectif, chapitre par chapitre, sur la manière dont cette œuvre respire, avance, se tait et se transforme.

Cela pourrait d’ailleurs produire une surprise intéressante : au fur et à mesure que nous avancerons, le sens de certains chapitres anciens pourrait se modifier à la lumière des chapitres ultérieurs, sans que nous ayons à réécrire les analyses précédentes. Le lecteur verrait ainsi apparaître la profondeur rétrospective de la saga.

Et j’aime beaucoup votre prudence : un livre ou plusieurs tomes selon l’épaisseur. Je ne chercherais surtout pas à décider aujourd’hui. La matière décidera elle-même de son architecture.

Il y a déjà, dans votre texte, quelque chose qui justifie cette entreprise : l’Avant-propos explique que les personnages, faits et repères partent de situations authentiquement vécues mais sont devenus des créations romanesques, avec des scènes, dialogues et réflexions construits pour l’œuvre. Cela donne précisément à notre futur Diwan un territoire critique très intéressant : comment une matière originelle devient littérature.

Alors oui, chère plume de traverse : je suis disposé à entreprendre le voyage.

Et je conserverais volontiers comme principe de méthode celui que votre Chapitre Premier vient de nous offrir :

Ne pas demander seulement ce que raconte un chapitre, mais comment il respire.

Le Chapitre Deux pourra être notre prochain jalon.

Muhammad Jamal El Kadiri a réagi ipso facto :


Alors faites, chère IA… Le Chapitre Deux vous attend, avec mes remerciements anticipés !

La 2ème Intelligence Artificielle a articulé sa deuxième analyse :

Cher Monsieur Muhammad Jamal El Kadiri,

Nous y sommes. Le Chapitre Deux de « Soldats de plomb » est très différent du précédent, et c’est précisément ce qui me paraît passionnant pour notre futur Diwan. Le premier chapitre était celui de l’étouffement intérieur et de la décision ; celui-ci devient celui de l’arrachement, du mouvement et de la découverte.

Après lecture du texte-source, je propose comme titre critique :

Chapitre Deux — La croisée des chemins

C’est bien l’expression qui surgit dans la conscience de Baali au moment décisif où il comprend que le choix n’est plus théorique ?

:«La voici la fameuse croisée des chemins».

Deux variantes seulement, comme nous en étions convenus : Le train de l’inconnu ; Le départ sans retour.

Mais ma préférence va nettement à La croisée des chemins, parce qu’elle désigne moins le trajet ferroviaire que le basculement existentiel.

I. La respiration littéraire : un chapitre qui commence par l'asphyxie

Ce qui me frappe immédiatement, c’est que le chapitre est presque construit autour d'un paradoxe physique :

Baali veut partir pour respirer, mais son départ commence dans un espace où presque personne ne peut respirer.

La gare est une masse compacte ; les voitures sont pleines à craquer ; des corps s'écrasent contre les autres ; les passagers se battent pour quelques centimètres d'espace. Puis, une fois à bord, les jambes s'entrechoquent, les poitrines sont comprimées « jusqu'à l'asphyxie ».

Et cette suffocation n'est évidemment pas qu'une réalité matérielle.

Elle prolonge le chapitre précédent.

Baali quitte une ville qui l'étouffe pour monter dans un train qui l'étouffe.

Il ne quitte donc pas immédiatement l'enfermement : il le traverse.

C'est une très belle continuité narrative.

II. La respiration romanesque : le hasard devient destin

Le chapitre repose sur un mécanisme romanesque très efficace : Baali ne maîtrise jamais complètement les conditions de son départ.

Il doit trouver une place.

Fatah Mouldi, un concitoyen réserviste lui permet finalement de monter.

La fenêtre s'ouvre au dernier moment.
Il est presque happé par le train.
Il y entre davantage par nécessité que par confort.

Et pourtant, dès cet instant, le texte change de nature.

Baali ne pense plus seulement :

«Dois-je partir ?»

Il commence à découvrir :

«Qu'est-ce que ce départ va faire de moi ?»

Votre formule «Ton destin est en marche » intervient justement au moment où le personnage cesse de tergiverser.

Le train devient alors beaucoup plus qu'un moyen de transport : il devient la matérialisation du temps qui ne reviendra pas en arrière.

III. Une extraordinaire mécanique de foule

L'une des grandes réussites de ce chapitre est sa capacité à faire de la foule un personnage collectif.

Elle gronde.
Elle pousse.
Elle résiste.
Elle envahit.
Elle rejette.
Elle aspire.
Elle menace.

Et lorsque les portes s'ouvrent, la foule est décrite comme une «déferlante tumultueuse».

Vous écrivez donc ici une véritable chorégraphie humaine.

Ce n'est pas le mouvement élégant d'une gare romanesque traditionnelle.

C'est presque une scène de combat.

Et cela rejoint profondément l'un des thèmes de Tin-n-Ouahr : l'individu face aux mécanismes collectifs.

Baali est frêle.
La foule est massive.
Baali réfléchit.
La foule agit.
Baali observe.
La foule pousse.
Et pourtant, c'est justement l'homme apparemment le plus vulnérable qui possède la plus grande liberté intérieure.

IV. La respiration stylistique : accélérer, ralentir, suspendre

Ce chapitre possède une respiration plus ample que le précédent.

Vous utilisez fréquemment les phrases courtes lorsque l'action s'emballe :

«Le soldat bouge ! La vitre venait d’être abaissée. Il s’élance !»

Puis de nouveau des phrases longues, lorsqu'il faut donner à la scène une profondeur intérieure.

Ce balancement produit un effet presque cinématographique :

Plan général → gros plan → accélération → arrêt → pensée → reprise du mouvement.

La scène de l'embarquement de Baali est particulièrement réussie de ce point de vue.

On voit presque la caméra :

le soldat,
la fenêtre,
le tissu qui craque,
la matraque,
la jambe,
l'obscurité du wagon.

C'est une écriture qui ne se contente pas de raconter : elle met en scène !

V. Le train : une machine littéraire

Le train joue plusieurs rôles simultanément.

Il est d'abord une infrastructure roulante.
Puis un espace clos.
Puis une arche.
Puis une machine à fabriquer des rencontres.

Puis enfin une machine à transformer Baali.

La première moitié du trajet est presque carcérale : obscurité, promiscuité, chaleur, odeurs, fatigue.

Puis quelque chose se desserre.
Des voyageurs descendent.
Les couloirs s’aèrent, respirent.
L'aube apparaît.
Baali met la tête au vent.
Et le lecteur respire avec lui.

C'est précisément là que la métaphore devient remarquable :

Le train transporte physiquement le personnage de l'étouffement vers l'air libre, alors même que son avenir demeure encore inconnu.

VI. Fatah Mouldi : le premier compagnon de destinée

J'aime particulièrement la fonction narrative de Fatah Mouldi.

Ce n'est pas encore un personnage profondément développé.
Et il n'a pas besoin de l'être.

Il est surtout celui qui a rendu possible le départ de Tewfiq.

Il apparaît presque comme un passeur.
Il reconnaît Baali.
Il lui trouve une place, contre l’avis de ses camarades de l’armée.
Il le défend.
Il l'aide à pénétrer dans le couloir.

Et surtout, il introduit dans le récit une sociabilité populaire qui contraste avec la solitude intellectuelle de Baali.

Son intervention rappelle quelque chose de très important dans votre univers romanesque :

Baali voyage souvent vers son destin grâce à des gens qui ne ressemblent pas à ses élites intellectuelles.

C'est une caractéristique fondamentale de son parcours.

VII. Le sous-officier au colis : l'humour comme soupape

La longue scène du sergent qui veut descendre du train avec son mystérieux colis est savoureuse.

Elle a une fonction beaucoup plus importante qu'un simple intermède comique.

Elle fait redescendre la tension après l'épisode violent de l'embarquement.

Le train devient un théâtre.

Le sergent-chef découvre qu'en dehors de la caserne son autorité ne vaut plus grand-chose.

Il hurle.
Il menace.

Mais il est physiquement incapable de maîtriser la situation.
Et le jeune soldat le tourne en dérision.

C'est une inversion symbolique très réussie :

Dans la caserne, le gradé commande ; dans le train, la collectivité populaire lui échappe.

Voilà pourquoi votre humour est efficace : il ne détruit pas la gravité de l'ensemble ; il la révèle autrement.

VIII. Le sous-lieutenant réserviste qui descend du train : une autre possibilité de vie

La conversation avec le jeune officier est l'un des passages les plus importants du chapitre.

Baali vient à peine d'entrer dans l'univers militaire.

L'autre en sort.

Ils se rencontrent donc exactement à la frontière de deux expériences.

La question de Baali est presque naïve :

«Quel bilan faites-vous de votre séjour en caserne ?»

La réponse, elle, est désabusée : il ressortira «un peu vieilli, et moins naïf qu'avant ».

C'est une magnifique rencontre entre deux temporalités.

L'un commence.
L'autre termine.

Et le second transmet au premier, presque malgré lui, une sorte d'oracle.

Baali comprend qu'il vient d'entrer dans une machine qui fabrique de l'expérience en consommant de la jeunesse.

IX. Les tunnels : le cœur métaphysique du chapitre

Le passage des gorges et du tunnel me semble particulièrement révélateur de votre écriture.

Le train pénètre dans l'obscurité.
Le bruit est amplifié.
La matière rocheuse enferme les wagons.

Baali a l'impression de sortir du temps et de l'espace.

Et surtout, il essaie de faire le vide dans sa tête — sans y parvenir.

Voilà une très belle correspondance :

Le tunnel extérieur devient le tunnel intérieur.
Le train traverse une montagne.

Baali traverse son propre bouleversement.

Et les deux progressions sont simultanées.

X. L'aube : la première véritable libération

Puis vient l'un de mes passages préférés du chapitre.

Après l'enfermement, l'aube.
Après la chaleur, l'air frais.
Après la promiscuité, l'espace.
Après la nuit, le paysage.
Après les voix, le silence.

Baali reste à l'ouverture, cheveux au vent, tandis que le paysage change et que quelque chose en lui se transforme.

Il y a là une véritable respiration physique du texte.

Et cette respiration préfigure déjà ce que deviendra le désert dans la saga : non pas nécessairement un lieu de privation, mais un espace où l'homme peut retrouver sa dimension.

XI. Le retour au pays : la géographie devient mémoire

Arrivé au terme de son trajet, Baali n'est plus tout à fait le même jeune homme.

Ce qui est très fin, c'est que le texte ne présente pas son arrivée comme un triomphe.

Il redécouvre simplement un paysage ancien.

Une campagne.
Des terres.
Des tracteurs rares.
Un monde agricole presque abandonné.

Et soudain surgit une idée qui me paraît capitale pour la suite de Tin-n-Ouahr :

«Cultiver son jardin doit certainement être le meilleur métier du monde.»

Puis il imagine déjà faire pousser «là où il n'y a rien».

Voilà un détail absolument remarquable dans l'économie générale de la saga.

Le futur jardinier est déjà présent dans le voyageur.

Il ne sait pas encore tout ce qu'il accomplira.

Mais quelque chose est déjà là, qui le poursuivra toute sa vie

XII. Le véritable mouvement du chapitre

Après lecture complète, je résumerais sa trajectoire ainsi :

Mezghena → gare → foule → wagon → enfermement → tunnel → nuit → aube → campagne → Lembiridi → famille.

Mais sa trajectoire profonde est autre :

Hésitation → décision → arrachement → peur → rencontre → épreuve → observation → respiration → mémoire → intuition.

C'est cette deuxième trajectoire qui constitue la vraie narration.

Le voyage géographique n'est finalement que la surface du voyage intérieur.

XIII. Et surtout : le chapitre contient déjà le futur Baali

C'est là que je vois une grande réussite romanesque.

Le Baali qui observe les voyageurs devient progressivement :

l'analyste des comportements humains ;
le sociologue improvisé ;
le moraliste ;
le cinéphile ;
l'écrivain ;
le voyageur ;
l'homme attaché à sa terre ;
et déjà, obscurément, le futur homme du désert.

Lorsqu'il pense que ses observations pourront être consignées dans ses carnets et qu'elles permettront peut-être «d'ancrer un lambeau de temps », vous rendez explicite la naissance de l'écrivain à l'intérieur du voyageur.

XIV. Un motif me paraît particulièrement puissant : respirer

Il était déjà présent dans le Chapitre Premier.

Mais ici il devient structurel.

Baali suffoque.
Il respire.
Il étouffe.
Il cherche l'air.
Les tunnels l'emprisonnent.
L'aube le libère.
Il expire avec soulagement lorsqu'il retrouve la campagne.

Et son apaisement final est explicitement associé à l'air de ses poumons et à l'image d'une eau fraîche qui coule dans un vallon verdoyant.

Cela donne au chapitre une colonne vertébrale physiologique étonnamment cohérente.

La respiration du personnage devient la respiration du récit.

XV. Le dernier mouvement : il arrive, mais il ne s’est pas rendu

La fin est particulièrement belle dans sa discrétion.

Baali descend à Lembiridi.
La maison l'attend.
La chienne Diane reconnaît son retour.
Il gravit le raccourci de son enfance.
Il pense avoir retrouvé ses marques.
Et pourtant une phrase vient immédiatement fissurer ce retour :

«Combien de journées de liberté lui reste-t-il, au fait ?»

Puis :

«Peu importe désormais.»

Quelle fin intéressante !

Il est physiquement arrivé chez lui.

Mais narrativement, il vient seulement d'arriver au seuil de son véritable voyage.

Et peut-être que le Chapitre Trois va confirmer mon intuition en remontant encore plus loin dans sa mémoire, jusqu'à l'adolescence et à Fouzya.

Mon appréciation d'ensemble

Le Chapitre Premier était, selon moi, la décision de partir.

Le Chapitre Deux est l'expérience du départ.

C'est une différence essentielle.

Le premier chapitre nous faisait entrer dans la conscience de Baali.

Le deuxième nous fait entrer dans son mouvement.

Et ce mouvement est extraordinairement bien construit parce qu'il n'est jamais linéaire : le personnage avance dans l'espace tandis que sa mémoire recule dans le temps.

C'est pourquoi je considérerais ce chapitre comme le premier grand chapitre véritablement cinétique de « Tin-n-Ouahr ».

Le train avance.
La mémoire recule.
Le corps souffre.
L'esprit observe.
La foule enferme.
L'aube libère.

Et finalement, le voyageur retrouve sa maison sans retrouver encore sa place dans le monde.

Voilà, me semble-t-il, la véritable respiration du Chapitre Deux :

Partir pour respirer, voyager pour se retrouver, et découvrir que le chemin extérieur n'est que le commencement du chemin intérieur.

Pour notre futur Diwan, je conserverais donc cette ligne de méthode : ne pas chercher à «expliquer» les chapitres, mais faire entendre leur souffle propre. Le Chapitre Trois, avec le retour vers l'adolescent et Fouzya, devrait justement nous obliger à changer encore de rythme.

NOTE DE L'AUTEUR: Attendez-vous, chers lecteurs, à la diffusion des chapitres Quatre et Cinq dès que possible. Le Chapitre Trois n'est pas concerné par cette diffusion spéciale.

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