La visite du Pape à Hippone me rappelle un rêve bien étrange, que j'avais fait lorsque j'effectuais mon service militaire, au début des années 70, précisément en 1976... Je l'avais transcrit dans mon journal intime, avant d'opter pour l'adjoindre à la saga romanesque "Tin-n-Ouahr, me souvenant souvent de ses images, comme si c'était hier, et dont voici la teneur :
Journal/12 Juillet 19.. : - J'ai fait, cette nuit, dans la
chambre d'amis de Djerad(Homonyme, inutile d'y associer une resemblance...), un rêve extraordinaire ! Le retour d'[1]Aïssa,
fils de Mariam parmi les hommes ! La nouvelle est venue du port et s'est
propagée au centre-ville comme une traînée de poudre. Subitement, j'ai cru voir
deux flux liquides de la foule, comme une marée montante, et une autre
descendante. Celle des méchants qui fuyait vers l'intérieur, et celle des bons
qui allait à la rencontre du Messie. A un moment, les deux flux humains se sont
rencontrés. Celui des croyants a submergé et comme magiquement neutralisé celui
des athées, que l'écume de mer semblait laver de tous leurs péchés. Et bientôt,
il ne subsistait plus qu'un seul flot compact, ordonné et sage, allant à la
rencontre du Libérateur...
Pendant ce rêve, d'une très courte durée, mais d'une saisissante
réalité, une joie magnifique m'a inondé ! Je me suis levé, les paupières
mouillées. Je suis allé à la salle de bain pour des ablutions. Ensuite, j'ai
orienté un petit tapis qui se trouvait dans ma chambre en direction du levant
et j'ai commencé une prière, qui a duré jusqu'à l'aube, et que je n'ai arrêtée
que lorsque le réveil de Djerad a sonné, pour notre départ à la plage. J'ai
apprécié cette récompense divine, qui est un signe providentiel rare, après ces
longues années de lutte inégale contre l'injustice, l'arbitraire et la
tyrannie...
- Je suis parti, le cœur léger, dans l'Ami 8 de mon hôte, vers
les plages de Tboul. Djerad a deux fois mon âge, mais il est moderne et très
jeune de caractère. Il ne pose jamais de question embarrassante et il est
attentif à tous mes vœux...
Assurément, ces villes de la côte où il fait bon vivre, (Mezghena exclue), produisent
des mœurs qui nous paraissent très relâchées, à nous autres gens de
l'intérieur, qui avons grandi sous un climat assez rude. Tout est relatif dans
la vie... Si j'étais resté à Genève, ce n'est pas parce j'aurais vu une fille
et un garçon se promenant la main dans la main que j'aurai forcément pensé à
mal et crié au scandale... Deux êtres peuvent être animés de sentiments très
purs l'un pour l'autre... Du moins, ils ne seraient pas des hypocrites et des
vicieux, qui font tout en cachette... Evidemment, je ne suis pas pour autant un
adepte forcené de l'exhibitionnisme, que ma religion réprouve. Pour moi,
aujourd'hui, Tboul est le bout du monde... Je m'y sens libre, même si c'est
seulement pour quelques heures... J'avais besoin de sentir le goût salé de
l'eau de mer sur mes lèvres, et l'odeur de l'iode marine dans mes narines...
- Nous avons fait trempette à la plage de la ville, avant de
pousser jusqu'à la Messida. Les gens de la région sont très
accueillants et conviviaux. Leur contrée bénéficie d'un écosystème humide
relativement vierge. La petite crique que nous avons choisie dispose d’une
plage d'un sable blanc, très propre. Une forêt impénétrable descend jusqu'à la
falaise.
- Il y a deux siècles, un riche magnat aurait érigé un petit
port et creusé un canal, qui existe encore, pour acheminer l'or de la montagne
en amont. Il n'aurait pas trouvé grand-chose, mais il avait entrepris un
projet... Il avait osé braver un relief de forêt vierge à l'époque, avec les
moustiques paludiques... Il a risqué... Race qui n'existe malheureusement pas
encore dans notre pays, indépendant depuis plus d'une dizaine d'années tout de
même. Le pouvoir préfère vivre de ses rentes pétrolières. C'est facile... Quant
à donner des concessions aux gens entreprenants pour la prospection de métaux
précieux, ou d'hydrocarbures, comme aux États-Unis d'Amérique, inutile d'y
penser ! La multinationale occulte a déjà verrouillé le système... Le sous-sol
appartient à l'État ! Et l'Etat travaille pour la pieuvre !
- La matinée est chaude et lumineuse, idéale pour une vraie
baignade... La plage est peu fréquentée, malgré la saison, à cause de son
éloignement. Seulement quelques couples d'européens ont planté leurs parasols
et une faune féminine autochtone, qui semble languir l'absence des hommes, dont
beaucoup sont des actifs qui remplissent les casernes. Malgré la beauté du
paysage, c'est une région qui, paradoxalement, souffre énormément du chômage...
- Pour un premier contact avec la mer, je décide de ne pas
m'éloigner, mais la tentation est trop forte... Je crois voir les femmes me
regarder avec admiration nager vers le large d'un crawl puissant, alors que je
ne suis apparemment toute attention que pour les mouvements de mon corps dans
cet espace liquide qui lave et guérit les plaies mal cicatrisées, qu'elles
soient externes ou internes... Ensuite, c'est la chute sur le sable doré et
brûlant... Et le souvenir du rêve d'espoir de la veille, qui me fait sourire,
tandis que mes yeux sont cachés par un bras, et que de mes cheveux dégoulinent
des gouttelettes d'eau qui mouillent et font rouler de minuscules grains sur
une rainure de sable...
- Djerad a déballé un copieux repas froid... Nous avons mangé
comme des rois, avons encore nagé au début de l'après-midi, avant de songer à
rentrer. A mon grand regret...
- Au retour, une petite pluie nous a accompagnés durant la
dernière partie du trajet, donnant à la terre une fraîcheur à l'odeur argile.
Mais l'orage a dégénéré en inondation dès l'arrivée à Sidi Amar !
- Djerad me dépose à la gare sous un déluge, pour le départ de
18h45. Le train a un retard de trois heures à Djendel, parce que la bourrasque
a fait tomber un tronc d'arbre en travers de la voie.
- J'ai dormi dans mon compartiment vide de 1ère
classe sans me lever une seule fois...
- Je suis monté à pieds vers Stah, alors que la pluie a cessé,
ne gardant que le bruit mat de gouttes d'eau tombant des arbres sur des
feuilles mortes.
- Je suis arrivé près de la caserne à l'appel du muezzin pour la
prière de l'aube. A gauche, le 102ème Bataillon est une masse
informe et menaçante dans le noir. Le fait d'y avoir enduré un internement de
treize jours ne m'émeut pas. Plutôt contrarié par le sort des officiers de réserve
qui y travaillent !
- C'est harassé de fatigue que je me jette sur mon lit. Farouk
ne dormait pas encore lorsque je suis entré dans la chambre. Il préparait son
petit-déjeuner, qu'il prendra avant un sommeil diurne qui ne cessera qu'au
crépuscule...
«Un café vieux, me dit-il ?
– Merci, ce n'est pas de refus, ai-je répondu, en songeant à la
nouvelle semaine harassante de travail qui m'attend.»
PS/Je ne dois pas oublier d'appeler maman dans la journée. -
Moralité de l'histoire
A l'occasion de la visite du Souverain Pontifce à Hippone, nous lui disons [2]Marhaba à Hippone, la ville sacerdotale de Saint Augustin, au lieu de toute pompeuse louage inutile, comme à un frère en humanité, lui gardant sa religion et nous la nôtre jusqu'à la survenance de l'Heure. Et prions Dieu qu'aucune méprise ne lui arrive là-bas, jetant l'opprobre sur notre pays à tout jamais.
[2] Bienvenue
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